| Situation de l'Agriculture Marocaine en 2006 |
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DOSSIER: LES NOUVEAUX DEFIS ALIMENTAIRES Préambule Le présent dossier est consacré à l’alimentation. Il s’attache, par une analyse des différentes données disponibles, à rendre compte de la transition alimentaire en cours dans le pays, et de ses causes et conséquences possibles. Il donne par ailleurs des informations sur les grandes évolutions constatées aux niveaux mondial, européen et méditerranéen et en montre l’importance pour le pays. Il peut ainsi mettre en lumière et en débat les nouveaux défis alimentaires à relever par le Maroc et leurs conséquences possibles pour l’agriculture nationale. La première partie porte sur les principaux changements alimentaires en cours dans le pays. Pourquoi peut-on parler d’une véritable « transition alimentaire » ? Quelles sont les grandes tendances observées sur les céréales, les fruits et légumes, le sucre et les huiles, le lait, la viande, les oeufs et le poisson ? Quelles différences observées entre ville et campagne, entre les plus pauvres et les plus riches ? En quoi les écarts s’accroissent ou se réduisent t’ils ? Et comment le Maroc se positionne t’il par rapport à d’autres pays ? Le pays perd t’il ou conserve t’il ses spécificités ? La suite du dossier s’attache aux conséquences puis aux causes de la transition. Quelles sont les conséquences des évolutions alimentaires sur la santé ? Quels sont les niveaux de surpoids et d’obésité et quels sont leurs impacts possibles ? Mais comment peut-on expliquer de tels changements aussi rapides et aussi profonds ? Quelles sont les évolutions dans les modes de vie, dans la production industrielle et dans la distribution qui contribuent notamment à les expliquer ? La dernière partie porte sur les évolutions mondiales et régionales. Quels sont les grands changements observés ? Quelles sont les évolutions de politiques qui en résultent en Europe ? Pourquoi s’intéresse-t-on dans le monde à la diète méditerranéenne ? Et pourquoi ces changements globaux et régionaux sont-ils importants pour le pays et pour les ménages marocains? Quels pourraient en être les conséquences ? Quels risques et quelles opportunités ? Quels sont par conséquent les nouveaux défis alimentaires qui vont devoir être relevés par le Maroc et quel contenu donner aujourd’hui au concept de « sécurité alimentaire » ? En quoi cette question d’une importance majeure pour le pays, pour les familles et pour l’avenir de l’agriculture nationale, pourrait-elle justifier des actions collectives résolues ? Quelles pistes d’action envisager pour une transition plus réussie au Maroc ? Et pourquoi ce sujet pourrait-il justifier une coopération régionale ambitieuse entre les pays des deux rives de la Méditerranée ? 1. L’évolution de la demande alimentaire au Maroc L’évolution de la demande alimentaire peut être estimée à partir des: -- enquêtes auprès des ménages réalisées par la Direction de la Statistique (en 1970/71, 1984/85 et 2000/2001) qui ne prennent en compte, sur le plan quantitatif, que la seule consommation à domicile, -- estimations pour chaque produit du « disponible à la consommation humaine » (DCH), c’est-à-dire l’addition, pour un produit donné, de la production, de l’importation et de la variation de stock à laquelle on soustrait l’exportation, l’alimentation du bétail, les semences, la transformation industrielle et les pertes. Le tableau ci-dessous indique les évolutions constatées du DCH par groupes d’aliments depuis 1966. Les chiffres de consommation résultant du DCH et des enquêtes ménages peuvent différer notablement. Des analyses fines produit par produit sont nécessaires pour mettre en exergue les changements significatifs. 1.1 La très forte consommation de céréales, la prééminence du blé tendre Les céréales constituent la base de l’alimentation. Leur consommation au Maroc demeure très forte, en particulier chez les classes les plus aisées. Cette évolution est contraire à celle constatée dans d’autres pays où la consommation de céréales a diminué avec l’augmentation du revenu. Le disponible a augmenté. L’examen des enquêtes nationales auprès des ménages montre au contraire une baisse globale limitée qui résulte d’une diminution de la consommation à la campagne (199 kg contre 242 en 1984), la consommation en ville ayant au contraire augmenté (175 kg/personne/ habitant en 2001 contre 169 en 1984). Les enquêtes montrent aussi une consommation des céréales plus forte chez les 20% les plus riches (234 kg/personne/an en équivalent grains) que chez les 20 % les plus pauvres (138 kg). Plusieurs experts considèrent que ces spécificités marocaines peuvent s’expliquer par l’importance du tajine dans la cuisine, le pain servant de fourchette. La consommation de viande (et donc de tajines en sauce) augmentant avec le revenu, celle de pain augmente également. On peut aussi relever: -- une forte chute de l’autoconsommation (9% en 2001 contre 39% en 1970) y compris en milieu rural (18% en 2001 contre 51% en 1970). De nombreux agriculteurs pauvres, producteurs de blé dur, le vendent pour acheter de la « farine nationale de blé tendre » subventionnée, moins chère sur le marché, -- le recul de l’orge avec une part dans le DCH céréalier passée de 31% en 1966-68 à 16% en 2001-03, au bénéfice des blés, -- la progression du blé tendre aux dépens du blé dur (avec cependant un léger regain récent chez les consommateurs urbains), ce qui n’est pas sans conséquences (voir encadré), La consommation de céréales: vers un retour du blé dur après un long recul ? La part du blé tendre dans la consommation totale de céréales a triplé en 30 ans pour atteindre 61% en 2001. Dans le même temps, la part du blé dur diminuait de moitié passant de 40% du total à 17 puis 20% (source Direction de la statistique, ENCDM 1970/71, 1984/85, 2000/2001). Ce changement radical est contrasté entre ville et campagne. En ville, la part du blé tendre est passée de 45 % en 1970 à 71% en 1984 avant de s’établir à 61% en 2001. Celle du blé dur a d’abord fortement diminué pour passer de 47 % en 1970 à 14% en 1984 avant de remonter à 23% en 2001. A la campagne, la part du blé tendre a quadruplé pour passer de 13% en 1970 à 61% en 2001, celle du blé dur passant dans le même temps de 37% à 17%. La subvention de l’Etat à la farine nationale de blé tendre (par la caisse de compensation) a contribué à amplifier la substitution du blé tendre au blé dur et à l’orge. Cette substitution est problématique car le blé tendre est moins bien adapté que le blé dur et l’orge aux conditions climatiques du pays et notamment aux sécheresses devenues structurelles depuis deux décennies, ce qui a contribué à renforcer l’irrégularité de la production agricole et la volatilité de la croissance. En outre, la valeur nutritive du blé dur est supérieure à celle du blé tendre car le blé dur a une teneur plus riche en protéines (13,68 g par 100 g de partie combustible contre 10,69 mg), en lipides (2,47 par 100 g contre 1,54), en magnésium (144 mg contre 90 mg), en phosphore (508 contre 402 mg) et en vitamines (B6, niacine). La substitution du blé dur par le blé tendre n’a donc pas été favorable sur un plan nutritionnel. Le regain récent chez les consommateurs urbains du blé dur représente une évolution intéressante. -- la consommation par les populations pauvres de « farine nationale de blé tendre » (qui montre l’importance du système de compensation pour leur pouvoir d’achat et la lutte contre la pauvreté), de céréales non transformées et de farines d’autres céréales, -- la consommation par les plus riches de beaucoup de pain, de farine de luxe, de farine de blé dur et d’autres produits à base de céréales (ex: viennoiseries). Leur consommation de « farine nationale de blé tendre » subventionnée par cette catégorie n’est cependant pas négligeable. 1.2 Les fruits, légumes et légumineuses Le disponible en légumes a presque triplé en 40 ans (110 kg en 2001 contre 44 en 1966). Cependant, l’augmentation de consommation rapportée par les enquêtes ménages est moins forte (120 kg consommés en 2001 contre 84 kg en 1970). La forte disparité urbain/rural tend à se réduire: le rapport de consommation en faveur des urbains est en effet passé de 1,8 en 1970 à 1,3 en 2001. Par contre, les disparités riches/pauvres se sont creusées: les 20% les plus riches consommaient 2,7 fois plus que les 20% les plus pauvres en 2001, contre un rapport de seulement 2 entre les deux déciles extrêmes en 1984. Au niveau de la répartition entre produits, on doit relever: -- la forte croissance de la consommation de tomates chez les ruraux (22,1 kg soit un accroissement de 86% entre 1970 et 2001) qui se rapproche ainsi de celle des urbains (29 kg). Cette croissance pourrait indiquer l’introduction des salades dans les repas à la campagne. -- L’augmentation de la consommation de pommes de terre, spectaculaire en milieu rural. Cette évolution résulte probablement de l’introduction des pommes de terre frites dans l’alimentation, ce que semble corroborer la croissance de la consommation d’huiles pour friture. L’évolution est beaucoup plus contrastée pour les fruits. Si le disponible est passé de 33 kg en 1966 à 59 kg en 2001, soit une croissance de 77%, les enquêtes ménages montrent une forte diminution en milieu rural (30 kg consommés en 2001 contre 45,8 en 1970) et une consommation en milieu urbain qui reste à peu près stable (46 kg en 2001). Cette forte baisse de consommation à la campagne vient de la réduction de moitié de la consommation de fruits frais à pépins (passée de 32 à 16 kg) par les ruraux. Cette chute est probablement due à l’augmentation des prix: les agriculteurs confrontés à la pauvreté ont réduit leur autoconsommation pour vendre leur production. Les disparités par classes de dépense se sont fortement accrues: les 10% les plus riches consomment 10 fois plus de fruits que les pauvres en 2001 contre 5 fois plus en 1984. La croissance du disponible en légumineuses a été limitée, ce que confirment les enquêtes puisque la consommation est passée de 5 à 5,6 kg de 1970 à 2001 et les disparités urbain/rural et riches/pauvres sont peu significatives. 1.3 Le sucre, les huiles et les corps gras Si le disponible en sucre a un peu augmenté depuis 1966, les enquêtes ménages montrent au contraire une diminution de la consommation avec 24,1 kg en 2001 contre 29,7 en 1970. Ce serait un progrès au plan nutritionnel, la surconsommation de sucre étant néfaste pour la santé. Cependant, cette consommation est sous-estimée: elle ne prend pas en compte la consommation hors domicile (dans les cafés, restaurants, pâtisseries et mahlabas) forte et croissante, pas plus que la consommation de sucre contenue dans les biscuits, boissons sucrées et confiseries, importante notamment chez les enfants. Or celle-ci est en forte croissance comme il est montré plus loin par les indicateurs relatifs au commerce et à la production industrielle. La consommation mesurée à domicile est 2 fois plus forte chez les 10% d’urbains les plus riches que chez les 10 % les plus pauvres. La subvention de l’Etat par la caisse de compensation, déjà contestable par ses effets sur la santé, profite ainsi surtout aux plus riches. Le disponible en huiles a doublé depuis 1966 pour atteindre environ 14 kg en 1987 (13 kg en 2001). Les enquêtes ménages révèlent une forte augmentation de la consommation d’huiles de graines (12,2 kg en 2001 contre 5,3 en 1970) et au contraire une chute de la consommation d’huile d’olive (3,1 kg en 2001 contre 5 en 1970). La baisse de la consommation de l’huile d’olive vient de la campagne (3,6 kg consommés en 2001 contre 6,3 en 1970), la consommation en ville ayant au contraire légèrement augmenté sur la période (2,8 kg en 2001 contre 2,3 en 1970) après avoir commencé à baisser dans les années 70 (1,9 kg en 1984). Les huiles de graines consommées au Maroc sont à 80% importées sous forme d’huiles brutes de soja. Le changement alimentaire a donc conduit à une forte augmentation des importations. Ce changement en faveur des huiles de graines au détriment du produit national, pourtant plus favorable à la santé, a été pendant longtemps encouragé par les politiques de subventions alimentaires qui ont maintenu artificiellement un prix de vente au consommateur d’environ 8,4 DH alors que le prix de revient était de 13 à 14 DH. Si le disponible en beurre a légèrement augmenté (1,71 kg en 2001 contre 1,35 en 1966), les enquêtes ménages montrent pourtant une baisse de consommation (1,8 kg en 2001 contre 2,5 en 1970). Le prix élevé du beurre en est probablement une raison, surtout chez les ruraux. Ces derniers, plus pauvres, en consomment deux fois moins que les urbains. Ce prix élevé contribue aussi à expliquer la nouvelle consommation de margarine (0,71 kg/personne/an) révélée par l’enquête de 2001. 1.4 Le lait et les produits laitiers Le disponible à la consommation de lait a fortement augmenté grâce au développement de la production nationale. Le lait frais représente encore 70,5 % du total consommé, révélant un taux de pénétration faible des produits dérivés (fromage, autres laits) dans les ménages marocains. Si le niveau moyen de consommation (38 kg contre 28 en 1970) peut être jugé encore insuffisant, même en ville où il est plus élevé, la croissance de la demande reste forte et pourrait progresser suite à l’instauration de l’horaire continu et aux nombreuses campagnes de publicité agressives menées par les industriels. Cette évolution globale cache des disparités urbain/rural devenues considérables. Les enquêtes révèlent en effet une forte croissance de la consommation de lait et produits laitiers en ville (53,1 kg en 2001 contre 30,5 en 1970) et au contraire une forte chute à la campagne (18 kg en 2001 contre 27,3 en 1970). L’écart entre ville et campagne, insignifiant il y a trente ans, est aujourd’hui de 1 à 3. Il est même probablement supérieur car les chiffres ne prennent pas en compte la consommation des urbains hors domicile (dans les cafés et mahlabas). La chute de la consommation de lait à la campagne a suivi l’installation des centres de collecte. Celle-ci a en effet conduit les éleveurs à vendre l’ensemble de leur production, n’en laissant ni pour la consommation en lait frais ni pour la transformation en produits dérivés traditionnels. Ainsi le petit lait a vu sa consommation s’effondrer en milieu rural pour passer de 18 litres (en équivalent lait frais) en 1970 à moins de 3 litres en 2001. Plusieurs études confirment que l’alimentation de la population rurale a été affectée négativement par l’acheminement du lait vers les unités industrielles. Cette situation est aggravée par le fait que le lait pasteurisé n’est guère distribué en milieu rural en raison de sa périssabilité et du manque d’infrastructures (routes, électricité). Ceci explique les différences de consommation observées en 2001: à peine 2 litres de lait pasteurisé par personne à la campagne contre 30 litres en ville. 1.5 Les oeufs, les viandes et les poissons La consommation d’oeufs, stimulée par le développement du secteur avicole industriel, a beaucoup progressé mais plus en ville, où elle est passée de 36 unités en 1970 à 90 en 2001, qu’à la campagne. La consommation des ruraux après avoir progressé a en effet baissé de 41 unités en 1984 à 34 en 2001. Cette chute est un autre indicateur de la pauvreté rurale. Si le disponible en viandes rouges a augmenté (20 kg en 2003 contre 12,5 il y’a 40 ans), la consommation relevée par les enquêtes indique au contraire un recul à la ville comme à la campagne, la consommation annuelle moyenne stagnant à 10,5 kg depuis 1984 contre 15,5 en 1970. Cette baisse peut s’expliquer par la hausse du prix et par l’augmentation de l’offre en viandes blanches beaucoup moins chères. La consommation de viandes blanches a explosé pour passer de 2,3 kg en 1970 à 7,2 kg en moyenne en 2001. La disparité ville/campagne demeure forte: 12,2 kg de viandes rouges et 9,2 de viandes blanches en 2001 à la ville contre respectivement 8,5 et 4,6 à la campagne. La consommation de poissons, en forte croissance (+ 94 % de 1970 à 2001) demeure encore inférieure à 10 kg par personne et par an. Elle est deux fois plus forte en ville (12 kg) qu’à la campagne (6 kg). Les montagnards ont encore des attitudes négatives pour ces produits pourtant hautement nutritifs. La mauvaise qualité des poissons acheminés aux souks ruraux dans des camions non réfrigérés en est une raison. 1.6 La ration nutritionnelle L’apport calorique total est passé en moyenne de 2466 kcal/personne/ jour en 1970 à 3001 kcal en 2001. Les ruraux qui consommaient plus de calories que les urbains en 1970 (2600 kcal contre 2202) sont maintenant dépassés (2963 contre 3031). Le taux de couverture du besoin énergétique inférieur à 1 en 1970 (0,94) est devenu en 2001 très supérieur (1,23). La part croissante des lipides dans l’apport énergétique (16% en 1970, 24% en 2001) confirme la transition alimentaire et nutritionnelle rapide du Maroc. Cependant, les disparités en fonction des revenus sont grandes puisque un individu du quantile le plus élevé (moyenne des 20% les plus riches) consomme 4359 kcal par jour contre 1942 kcal pour celui du quantile le plus bas, soit 2,3 fois plus. De même, la part des produits animaux est de 12% pour le premier quantile contre à peine 4% pour le dernier. 1.7 Quelques conclusions sur les évolutions alimentaires constatées au Maroc L’analyse des données issues des bilans alimentaires (DCH) et des enquêtes ménages montre des écarts de chiffres qui peuvent être considérables. Pour cerner la situation alimentaire, il faut prendre en compte les 2 types de données et tenir compte des différences de comportements des consommateurs selon les groupes de produits. Les données issues des enquêtes ménages sont bien représentatives de la consommation réelle pour les produits peu consommés hors domicile et dont l’autoconsommation est importante (ex des céréales et des fruits et légumes). Par contre, elles sous estiment les consommations réelles de produits très consommés hors domicile comme le sucre. Inversement les bilans alimentaires conduisent à surestimer certaines consommations. C’est le cas notamment des céréales dont la part dans la ration alimentaire en calories en 2001 est estimée par cette méthode à 64% alors que celle calculée à partir des enquêtes ménages n’est que de 53%. Seules des enquêtes ménages plus approfondies (prenant en compte les consommations hors domicile) permettraient de produire des données plus fiables. Malgré ces difficultés, les chiffres disponibles sont révélateurs de la transition alimentaire à l’oeuvre dans le pays. Cette transition est marquée notamment par: -- la progression du taux de couverture du besoin énergétique passé de 0,94 à 1,23 ainsi que de la part des lipides, signes de la transition alimentaire et nutritionnelle, -- le maintien d’une consommation très importante de céréales avec un recul de l’orge et du blé dur au bénéfice du blé tendre, céréale pourtant moins adaptée aux conditions agro-écologiques du pays et moins nutritive que le blé dur, -- la bonne progression des légumes mais le recul inquiétant de la consommation de fruits, -- la progression des huiles et corps gras au profit des huiles de graines importées et au détriment de l’huile d’olive, -- la progression, surtout en ville, du lait, des produits laitiers, des oeufs et viandes blanches et des légumes, permise notamment par la diversification de l’agriculture nationale, -- une consommation de poissons qui progresse mais qui reste faible pour un grand pays de pêche, -- un certain recul des spécificités alimentaires marocaines avec l’effondrement de la consommation de petit lait à la campagne et le recul de l’huile d’olive, du blé dur et de l’orge mais le retour de l’huile d’olive en ville et la forte consommation de pain qui se maintient. La disparité urbain/rural s’est accrue aux dépens des ruraux pour les produits laitiers, les oeufs, les viandes blanches et les fruits. Cette disparité croissante peut s’expliquer par la pauvreté rurale, par la baisse de l’autoconsommation et par le manque d’infrastructures en milieu rural qui rend l’accès difficile à certains produits alimentaires notamment périssables. Les disparités riches/pauvres se sont gravement accentuées entre 1985 et 2001 pour tous les produits. Les écarts entre les deux quintiles extrêmes ont plus que doublé pour plusieurs produits. Les 20% les plus riches consomment de 1,7 fois plus (céréales) à 10,4 fois plus (produits laitiers) que les 20% les plus pauvres. Enfin, il est intéressant de comparer la situation du pays à la moyenne des pays développés et des pays en voie de développement. Le tableau et la figure montrent notamment : -- un apport calorique total qui se situe à mi chemin entre ces deux grands groupes de pays, -- la part très élevée de céréales dans l’apport en calories : 62% au Maroc contre 31% pour les pays développés et 52% pour les pays en voie de développement, signe d’une spécificité marocaine forte, et la faiblesse de la part relative de produits animaux (7% contre 22 et 12%), -- la faible part du groupe « fruits, légumes, racines et tubercules » avec seulement 7% contre 11% dans les pays développés et 9% dans les pays en voie de développement, ce qui est paradoxal pour un pays d’agriculture méditerranéenne, -- la consommation excessive de sucre (11%) qui, bien supérieure à celle moyenne des pays en développement (7%), est proche de celle des pays développés (13%). 2. Les conséquences de la transition alimentaire sur la santé La persistance des problèmes de sous alimentation Les problèmes de sous alimentation restent encore importants au Maroc même s’ils diminuent. Les carences en micronutriments sont en effet encore largement répandues puisque les enquêtes de 1994 et 1996 montrent que l’anémie ferriprive affectait 45% des femmes enceintes et 34% des enfants de moins de 5 ans, que le goitre touchait 22% des enfants d’âge scolaire et que l’avitaminose A concernait 41% des enfants âgés de 6 mois à 6 ans. Les quatre grandes enquêtes anthropométriques sur les enfants de moins de 5 ans réalisées par le Ministère de la Santé entre 1987 et 2003/ 2004 ont par ailleurs montré des retards de croissance, en baisse continue, mais qui demeurent encore élevés (18% en 2004 contre 28% en 1987), une croissance de l’émaciation (9% en 2004 contre 3% en 1987) et une insuffisance pondérale qui a baissé de moitié mais qui reste cependant non négligeable (10% en 2004 contre 20% en 1987) et qui n’a plus diminué depuis 1987. La montée rapide des problèmes de surpoids et d’obésité Le grand changement observé est la montée inquiétante des problèmes dus à la suralimentation et à la sédentarité. Les mêmes enquêtes montrent en effet que 9,3 enfants sur 100 de moins de 5 ans (10,3% en ville et 8,2% à la campagne) souffrent de surpoids. Ce surpoids affecte toutes les classes de dépenses. Si les 20% les plus riches sont les plus affectés (13,4% des enfants), les plus pauvres (8,6%) sont aussi touchés. Si on ne dispose pas de données équivalentes pour les enfants d’âge scolaire et les adolescents, on dispose par contre, pour les adultes, des deux enquêtes réalisées par la Direction de la Statistique en 1984/85 et en 1998/ 99. Celles-ci révèlent la gravité du phénomène. La mesure de l’indice de masse corporelle des personnes enquêtées (l’IMC est le rapport entre le poids d’une personne en kg et le carré de sa taille en m2) montre en effet une très grave progression du surpoids (IMC entre 25 et 30) et de l’obésité (IMC > 30) surtout chez les femmes et en ville puisque: -- 35,5% des marocains (45% des femmes et 25% des hommes) souffrent de surpoids ou d’obésité en 1999 contre 25,5% en 1984, -- 10,3% des marocains (16% des femmes et 4,3% des hommes) souffrent d’obésité en 1999 contre 4,1 % en 1984, -- 45% des femmes marocaines souffrent de surpoids ou obésité et 19,1% des femmes urbaines d’obésité (11,1% des femmes rurales). Ainsi: -- en 15 ans, le taux d’obésité a été multiplié par 2,5, -- un adulte sur trois était en surpoids et un sur dix était obèse en 1999, -- une femme marocaine sur deux souffre de surpoids ou d’obésité. Les données montrent aussi que le problème de surpoids et d’obésité n’est absolument pas cantonné aux riches. En effet, parmi les 20% les plus pauvres, 33,1% des femmes (39,5% des femmes urbaines) et 16,5% des hommes sont en surpoids. Une enquête du Ministère de la Santé de 2003/04 sur les mères d’enfants de 5 ans et moins, montre par ailleurs que la maigreur augmente avec le niveau d’éducation alors que le surpoids et l’obésité diminuent. Le coût de la mauvaise alimentation L’enquête sur les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires réalisée par le Ministère de la Santé en 2000 a rapporté des chiffres alarmants quant à leur incidence parmi la population de plus de 20 ans puisque: -- l’hypertension artérielle affecte 37% des femmes et 30% des hommes -- le diabète affecte 9% des urbains et 4,4% des ruraux, -- l’hypercholestérolémie atteint 29% de la population (37% des urbains et 21% des ruraux), En outre, les estimations rapportées par l’OMS pour 2002 montrent que les principales causes de mortalité au Maroc sont les maladies cardiovasculaires (40% des décès), les maladies contagieuses, maternelles et de déficience nutritionnelle (23%), les autres maladies chroniques (15%) et le cancer (7,8%). Les problèmes de suralimentation, dont il est maintenant clairement reconnu la responsabilité (avec la baisse d’activité physique) dans le développement de l’obésité, de l’hypertension, de certains cancers, des diabètes et des maladies cardiovasculaires, deviennent donc de véritables enjeux de santé publique. Leur coût n’a pas encore été évalué au Maroc mais il est sûrement très élevé et en forte croissance si l’on se réfère aux études réalisées sur d’autres pays. 3. Pourquoi ces changements alimentaires et leurs conséquences sur la santé ? Plusieurs facteurs contribuent à expliquer les changements alimentaires observés au Maroc. 3.1 La transition démographique et l’évolution des modes de vie Le Maroc est pays en pleine transition démographique. Le taux de fécondité qui était de 7 en 1962 n’est plus que de 2,5 en 2004 (2,1 en ville et 3,1 à la campagne). La croissance de la population et la baisse de la fécondité s’accompagnent d’une très forte urbanisation. Le taux d’urbanisation est passé de 29% en 1960 à 55,1% en 2004 et il devrait atteindre 65% en 2014. Du fait de l’exode rural, le taux d’accroissement démographique est beaucoup plus fort en ville (2,1%) qu’en milieu rural (0,6%). L’urbanisation a notamment pour conséquences un changement sociétal (travail des femmes à l’extérieur des foyers) et l’accès à un marché alimentaire quasi permanent. Le comportement alimentaire en est profondément modifié: recul des préparations traditionnelles à la maison, achat d’aliments industriels, prise de repas hors domicile surtout dans la restauration rapide; propension chez les ménages pauvres des villes à diminuer la consommation de fruits, légumes frais et légumineuses en faveur d’aliments sucrés, salés et gras; passage d’une alimentation riche en fibres, sels minéraux et vitamines vers une alimentation riche en calories, acides gras et cholestérol. L’urbanisation a aussi pour conséquence des changements socioculturels comme le recul de la stabilité des familles et de la cohésion sociale et la disparition du soutien social et communautaire (« effet Roseto »). D’autres facteurs -diminution de la taille des ménages, horaire continu de travail- contribuent à accentuer ce changement du comportement alimentaire. L’essor rapide des diverses formes de restauration hors domicile (cafés, mahlabas, rôtisseries, pâtisseries et restaurants), y compris dans les quartiers les plus populaires, reflète d’ailleurs la demande de plus en plus importante de la population pour cette forme de consommation. 3.2 Les dépenses de consommation Les dépenses de consommation des marocains en termes constants sont passées de 3812 DH en 1959 à 8280 DH en 2001. Cependant la disparité urbain/rural demeure très forte: les ruraux dépensaient en moyenne deux fois moins que les urbains en 1970 et c’est toujours le cas en 2001. Le budget réservé à l’alimentation qui était de 70% en 1960 n’est plus que de 41% en 2001, signe d’un progrès important de développement. Cependant l’écart urbain/rural est très élevé, les ruraux consacrant plus de la moitié de leurs dépenses à l’alimentation contre 38% chez les urbains. L’écart riches/pauvres peut être aussi souligné: les 10% les moins aisés consacrent 55% de leurs dépenses à l’alimentation contre 31% chez les 10% les plus riches. Cette disparité sociale se répercute certainement sur les comportements alimentaires. 3.3 La croissance de l’offre alimentaire industrielle Les dernières données disponibles sur la consommation datent déjà quelque peu (2001) et elles ne permettent pas de rendre compte des changements profonds et rapides résultant de la croissance de la production de l’industrie alimentaire au Maroc. Or celle-ci est très rapide comme le montrent les données publiées du commerce, de l’industrie. On note en particulier: -- le développement spectaculaire de la production de charcuterie avec une valeur totale passée de 21 millions DH en 1990 à 535 millions en 2004, -- le doublement depuis 1990 de la production des huiles de graines à partir essentiellement d’huile brute de soja importée, -- le formidable essor de la production industrielle de produits sucrés: biscuiterie (croissance de presque 4 fois), glaces et sorbets (plus de 5 fois), chocolats et confiseries (presque 2 fois). -- et celui de la production de boissons dites rafraichissantes (boissons gazeuses, jus et sirops) dont la valeur a été multipliée par plus de 3,5 fois entre 1990 et 2004 avec une valeur de 2,2 milliards DH en 2004. Ainsi, il est permis de penser que la consommation de produits favorisant l’obésité connaît en réalité une augmentation bien plus importante que celle reflétée par les enquêtes du Haut Commissariat au Plan. 3.4 Les nouveaux circuits de commerce et de distribution Le Maroc connaît aussi une rapide croissance et mutation de son commerce alimentaire. Les grandes surfaces sont passées de 32 unités avant 1998 à 70 en 2001, dont 33 sont des grandes surfaces alimentaires. La surface de vente cumulée sur cette période de 4 années est passée de 62 000 m² à 108 000 m². Or, plus de la moitié (54%) du chiffre d’affaire de ces surfaces provient de la vente des produits alimentaires. Les rythmes actuels de créations nouvelles sont vertigineux. C’est ainsi par exemple que Acima, créée au début de l’année 2002, avait ouvert 11 supermarchés début 2006 avec un rythme de croisière fixé à 6 grandes surfaces nouvelles par an, et que le plan de développement de Label Vie prévoit l’ouverture de 16 unités sur 5 ans. Les circuits de distribution classique se sont aussi développés à un rythme soutenu. On compte par exemple 3777 mahlabas en 2006 contre 444 trente ans plus tôt et 221 nouvelles unités s’ouvrent chaque année depuis 2000. Chaque année on compte aussi en plus (moyenne sur 2000-2006): 245 nouveaux cafés, 86 boulangeries-pâtisseries, 274 restaurants (dont 125 de restauration simplifiée), 66 traiteurs, et 8,5 pâtisseries exclusives. 3.5 Les autres facteurs D’autres facteurs contribuent à expliquer la transition alimentaire et ses conséquences sur la santé. Outre le retard de développement rural et l’impact des politiques agricoles et des subventions à la consommation déjà signalés, on peut notamment souligner: -- le comportement des ménages pendant le mois du Ramadan, la majorité d’entre eux, y compris les plus pauvres, augmentant leur consommation en aliments sucrés et/ou gras. -- La diminution de l’activité physique dont les causes sont très nombreuses: mécanisation des moyens de transports et des travaux agricoles, disparition de certaines activités, temps passé à regarder la télévision (77% des marocains équipés en 2001 contre 37% en 1984) ou à surfer sur internet, pratique insuffisante des sports notamment chez les femmes, inadéquation de l’aménagement urbain (absence de pistes cyclables,…) etc. 3.6 Conclusion La transition en cours au Maroc vers la « société de consommation » est profonde et elle est la cause principale de la montée rapide des problèmes de surpoids et d’obésité constatés. Cette transition, bien connue des pays développés, y a engendré les mêmes problèmes avec des coûts induits lourds qui obligent ces pays à mettre en place de nouvelles politiques alimentaires. Cependant les problèmes de la transition sont beaucoup plus préoccupants dans les pays en développement comme le Maroc car ces pays ne disposent pas des mêmes ressources budgétaires et parce que, comme l’ont montré plusieurs études, la transition y est beaucoup plus rapide et la société moins préparée. Les populations, encore peu instruites et en partie analphabètes, sont désarmées pour faire un choix de comportement alimentaire correct et raisonné. La publicité agressive, le crédit à la consommation, le développement rapide de nouveaux produits et commerces, …, tout se conjugue pour susciter l’envie du consommateur et ajouter à sa confusion. 4. Les nouveaux défis alimentaires: éléments de réflexion prospective et politique Le débat sur les défis alimentaires à relever au Maroc doit aussi prendre en compte les dynamiques à l’oeuvre aux niveaux international, européen et méditerranéen. Ce débat est par nature complexe car ces dynamiques sont plurielles et les incertitudes, sur leurs évolutions et leurs impacts à long terme, élevées. La transition alimentaire observée dans le monde et en Europe a en effet des conséquences qui ne se limite nt pas à la croissance des problèmes de surpoids et d’obésité et de santé qui y sont liés. Elle interpelle le Maroc et l’oblige en fait à revisiter le contenu à donner au concept de la sécurité alimentaire et aux politiques agricoles et alimentaires. 4.1 La problématique alimentaire au niveau mondial Les analyses prospectives sur l’agriculture au niveau mondial, celles de la FAO et de l’IFPRI notamment, convergent sur plusieurs points. La croissance de la demande alimentaire mondiale, encore forte, se réduira. Elle sera principalement le fait des pays en développement (PED) et se caractérisera par une augmentation relative de la consommation de produits animaux (transition alimentaire). La production dans les PED augmentera pour répondre à cette croissance mais insuffisamment. Ils deviendront de plus en plus tributaires des importations de céréales, de viande et de lait. Les importations de céréales pourraient plus que doubler en 20 ans. Les pays du Nord assureront l’approvisionnement, mais le Brésil et l’Argentine pourraient devenir des géants exportateurs auxquels pourraient s’ajouter la Russie et l’Ukraine. Le débat sur l’agriculture et l’alimentation au 21ème siècle reste cependant entier. En effet, la capacité de la production de se maintenir au niveau de la consommation est de plus en plus questionnée. Du côté de la demande, la transition alimentaire se traduit par un enrichissement excessif de la diète (consommation trop forte de viande, diète plus grasse et plus sucrée). Elle conduit ainsi à une forte croissance de la demande en produits agricoles, car il faut en moyenne 7 calories végétales pour produire une calorie animale. La croissance de la consommation de viande implique par conséquent une croissance beaucoup plus forte de la demande en produits végétaux (céréales, soja,…). Or, avec l’augmentation de l’urbanisation et des revenus, particulièrement forte et rapide notamment en Chine, la consommation mondiale de viande pourrait dépasser de loin les projections actuelles. De 1990 à 2006, donc en seulement 16 années, la consommation moyenne de viandes et de lait par personne dans ce pays a en effet augmenté de 67% chez les urbains (elle est passée de 30 à 50 kg) et de 85% chez les ruraux (elle est passée de 13 à 24 kg). Parallèlement, on assiste à une montée rapide de la demande et de la production en agro-carburants dans plusieurs grands pays ou régions du monde (Etats-Unis, Brésil, UE). Du côté de l’offre, les optimistes font remarquer que les rendements sont faibles et qu’il y a des réserves importantes de terres cultivables (Afrique sub-saharienne, Amérique du Sud) et de progrès techniques. Les pessimistes soulignent à contrario que le potentiel des biotechnologies et du génie génétique pour accroître la productivité de l’agriculture n’est pas complètement éclairci et reste sujet à controverse, que les études sur les bénéfices réels de la libéralisation commerciale multilatérale ont été souvent excessivement optimistes et que la très grave montée des stress environnementaux pourrait avoir des effets catastrophiques. En effet, on assiste depuis deux décennies à un accroissement structurel des problèmes de sécheresses (par exemple en Australie), de surexploitation et de pénurie d’eau (par exemple en Inde et en Méditerranée), de dégradation des sols et de pertes de terres agricoles de haute qualité par les infrastructures et l’étalement urbain (par exemple aux Etats-Unis et dans l’UE) et de perte de biodiversité et de résilience des agro-écosystèmes (la mortalité importante des abeilles dans plusieurs régions du monde est une cause d’inquiétude). En outre, le dernier rapport du GIEC sur le changement climatique souligne la gravité du phénomène, la part de responsabilité de l’agriculture et des systèmes alimentaires modernes dans le total d’émissions et alerte sur les risques avérés d’importantes baisses de rendements agricoles dans plusieurs grandes régions du monde d’ici 2030, notamment en Afrique. Ainsi la dégradation environnementale pourrait conduire à gravement mettre en danger l’offre alimentaire globale. La montée récente des prix mondiaux des céréales et des hydrocarbures est révélatrice d’un changement du rapport international entre l’offre et la demande et des risques qui pourraient en résulter pour l’humanité si des corrections n’étaient pas apportées rapidement à nos modèles de développement. La plupart des experts estiment que la crise actuelle est structurelle. Ceci va obliger à revisiter les politiques agricoles, alimentaires et de commerce international, et notamment à donner une beaucoup plus grande attention à la correction des modes de consommation (y compris de transports) et de production non viables comme y ont invités les Sommets sur le développement durable de Rio (1992) et de Johannesburg(2002). 4.2 La problématique et la politique alimentaires au niveau de l’UE L’évolution alimentaire et agricole de l’Europe est importante pour le Maroc pour au moins trois raisons: -- L’UE est le premier partenaire commercial du Maroc et le pays doit tenir compte des évolutions en cours et des conséquences qu’elles peuvent avoir pour ses stratégies à l’export, -- Le Maroc est en négociation avec l‘UE pour un « statut avancé », statut qui pourrait conduire à une évolution de ses politiques agricoles et alimentaires, -- L’UE comprend en son sud, des pays et des régions d’agriculture et d’alimentation méditerranéenne dont l’évolution est riche d’enseignements possibles pour les pays de la rive sud. L’alimentation ne représente plus que 12 à 25% du budget des ménages en Europe selon les pays. Cependant, la sûreté alimentaire représente des enjeux économiques considérables puisque le marché des produits alimentaires était proche de 830 milliards € en 2005. Le débat alimentaire dans l’UE est depuis 2 décennies dominé par l’anxiété, non plus de la pénurie alimentaire, mais des nouveaux risques de l’alimentation sur la santé. Cette anxiété a moins porté sur les conséquences très graves de l’obésité que sur la peur de l’empoisonnement. Les alertes alimentaires qui ont défrayé la chronique dans les années 1990, notamment: l’encéphalopathie spongiforme bovine (la crise de la « vache folle »), la contamination d’aliments pour animaux par la dioxine et l’huile d’olive frelatée y ont conduit. Elles montrent l’importance possible des défaillances de marchés et redonnent un rôle de premier plan à la politique publique. La prise de conscience croissante des très graves impacts des pesticides sur la santé (notamment la baisse de fertilité masculine et les maladies professionnelles des agriculteurs), les interrogations qui demeurent sur les impacts possibles des OGM et les nouvelles crises sanitaires qui perturbent les marchés (fièvre aphteuse, influenza aviaire, fièvre catarrhale,…) s’y ajoutent et contribuent aussi à entamer la confiance des consommateurs. Ceci a obligé l’UE et ses Etats membres à réagir. Le principe de précaution a par exemple été introduit dans la constitution en France, l’agriculture biologique est promue et des agences chargées d’évaluer les risques et de conseiller le décideur politique ont été créées, notamment l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) en 2002. La principale décision opératoire a consisté à imposer des normes et réglementations de plus en plus strictes concernant la sécurité des denrées alimentaires et des aliments pour animaux et à introduire le principe de traçabilité, c’est-à-dire la possibilité de suivre toute denrée depuis ses composants d’origine jusqu’à l’assiette du consommateur. En effet, la traçabilité donne de la transparence et permet en cas d’accident de localiser l’origine de la défaillance de qualité et donc d’intervenir efficacement. Les étiquettes des produits alimentaires doivent maintenant comprendre une information précise sur la composition, la traçabilité, la présence d’OGM et les déclarations d’effets bénéfiques pour la santé doivent être fondées scientifiquement pour pouvoir figurer. Ces règles de portée générale s’appliquent à tous les produits alimentaires commercialisés dans l’UE, qu’il s’agisse de produits issus des Etats membres ou de produits importés. L’UE considère les normes sanitaires et phytosanitaires (SPS) « non négociables » pour les pays partenaires qui veulent exporter vers ce marché. Les coûts de mise à niveau peuvent être élevés. L’application de telles normes pourrait être difficile pour les pays en développement. Mais les consommateurs européens ne veulent pas seulement une transparence et des aliments sûrs, ils veulent aussi, et de plus en plus, de la qualité, de la diversité et de l’authenticité. Ce souhait se voit renforcé par la prise de conscience du risque d’appauvrissement culturel qui pourrait résulter de la standardisation à laquelle la mondialisation et l’approche hygiéniste actuellement triomphantes pourraient conduire. Ceci a par la suite conduit l’UE à adopter en 1992 deux règlements importants (révisés en 2006): -- le règlement 2081/92, relatif à la protection des appellations d’origine des produits agricoles et des denrées alimentaires qui traite des dénominations, -- le règlement 2082/92, relatif aux attestations de spécificités des produits agricoles et des denrées alimentaires qui protège les recettes traditionnelles. Une nouvelle politique alimentaire européenne, mettant l’accent sur les spécialités locales et les terroirs, est ainsi mise en oeuvre. Ces spécialités locales, qui s’appuient sur une réputation et des procédés techniques spécifiques et qui concernent des zones géographiques clairement délimitées, permettent de produire des valeurs ajoutées importantes. Cette plus value et les modes de production de ces produits, fondés souvent sur la sagesse de la tradition, peuvent permettre de garantir une gestion plus durable des ressources. Une telle politique représente ainsi un vecteur de développement territorial et de promotion d’une agriculture durable. L’élargissement de la politique agricole commune (PAC) au développement rural (le « 2ème pilier de la PAC ») va en renforcer la portée économique, sociale et environnementale pour les territoires ruraux. Les pays méditerranéens de l’UE qui avaient moins bénéficié de l’ancienne PAC que les pays non méditerranéens devraient être les premiers bénéficiaires de cette évolution de politique. Si la dimension « qualitative » de la sécurité alimentaire a donc pris le devant en Europe ces deux dernières décennies, sa dimension « quantitative » pourrait bien retrouver de l’actualité compte tenu des changements en cours et des nouveaux défis posés au monde. La prise de conscience croissante que le monde de demain risque d’avoir faim conduit en effet à en réaffirmer l’importance. Ainsi par exemple, la France a mis en avant 4 principes fondamentaux pour la rénovation de la politique agricole commune: -- assurer l’indépendance et la sécurité alimentaire de l’Europe pour nourrir les européens de façon indépendante et saine, -- contribuer aux équilibres alimentaires mondiaux, -- préserver les équilibres des territoires ruraux, -- participer à la lutte contre le changement climatique et à l’amélioration de l’environnement. 4.3 La problématique alimentaire en Méditerranée La Méditerranée est une zone de fracture Nord/Sud de la planète. Sa problématique alimentaire est celle, d’un côté, des pays riches de l’UE dont les marchés sont saturés, et, de l’autre, des pays importateurs en développement des rives Sud et Est dont les marchés sont en pleine croissance et dont une partie des populations souffrent à la fois de sous nutrition et d’une transition alimentaire non maîtrisée. Si la prévalence de la sous-alimentation y est plus faible que dans d’autres régions en développement du monde, la région MENA (Moyen Orient Afrique du Nord) se caractérise par contre par une aggravation de la sous alimentation sur la période 1992-2004. La Méditerranée, terre de diversité, de rencontre et de confrontation, est aussi une « écorégion » qui se distingue du reste du monde par sa géographie et son histoire, par son environnement et son patrimoine culturel, et aussi, et ceci résulte de cela, par son agriculture et son alimentation, reflet de la biodiversité et des possibilités agricoles de la région. La diète méditerranéenne se caractérise par une certaine frugalité et par la typicité et la diversité des produits, par une forte consommation de produits végétaux variés (céréales, légumineuses, légumes et fruits frais et secs); par la faible consommation relative de lait, de viande, notamment de viande bovine, et de graisses animales et huiles de graines mais par une large utilisation du lait fermenté, fromages frais et yaourts, de l’huile d’olive, de la viande caprine et ovine et du poisson, des herbes aromatiques, des épices, du citron et du vinaigre.. S’y ajoute la convivialité des repas structurés pris en famille et une adaptation aux conditions naturelles par le respect des saisons. Cette diète méditerranéenne a été largement dénaturée au cours des années 1960-1980. Les pays et peuples méditerranéens ont voulu imiter d’autres modèles alimentaires et agricoles plus septentrionaux (nordeuropéens, américains) ce qui a conduit à introduire et développer des modes de consommation et de production moins durables. Ainsi, la transition alimentaire se caractérise aujourd’hui, dans de nombreux pays méditerranéens, par des coûts croissants de santé publique et par une insuffisante valorisation de la diversité et des spécificités régionales et locales. Cependant, l’alimentation dans les pays riverains se distingue encore nettement de celle des pays européens non méditerranéens. La part de calories animales dans la ration alimentaire (12% dans le Sud et l’Est méditerranéen, 25% dans l’Est Adriatique, 35% dans les pays méditerranéens de l’UE) est nettement plus faible que celle observée en 2000 en moyenne pour les pays de l’OCDE (45%). Ainsi la ration moyenne d’un consommateur des pays de l’OCDE (3365 kcal) s’élève à 12450 kcal en équivalent végétal alors que celle d’un méditerranéen du Sud (3210 kcal) ne représente que 5155 kcal en équivalent végétal et celle d’un méditerranéen de l’UE (3563 kcal) 9550 kcal. De ce fait, faudrait-il une fois et demie à deux fois plus de terres agricoles pour nourrir les méditerranéens si leur alimentation devait s’aligner sur la moyenne actuelle d’un consommateur des pays de l’OCDE. En outre, un retournement de tendances est à l’oeuvre. Au niveau mondial, la diète méditerranéenne est officiellement reconnue pour ses mérites. Sous l’impulsion du corps médical, les pays anglo-saxons et l’OMS ont multiplié les campagnes d’information pour promouvoir le modèle méditerranéen et ses produits spécifiques afin de limiter le coût social croissant des grandes endémies (certains cancers, maladies cardiovasculaires). Sous l’impulsion du gouvernement espagnol, l’UNESCO s’apprête à inscrire le régime méditerranéen comme patrimoine commun immatériel de l’humanité. Les produits alimentaires et la cuisine méditerranéenne, dans leur spécificité et leur diversité, suscitent donc un nouvel intérêt avec des répercussions sur l’alimentation et les politiques agricoles, par exemple la croissance rapide de la consommation d’huile d’olive dans des pays non méditerranéens et, pour ceux dont le climat le permet, de sa production. Cette évolution met les pays méditerranéens en pointe dans le développement des produits d’appellation à haute valeur ajoutée. Les 5 pays méditerranéens de l’UE que sont l’Espagne, la France, l’Italie, la Grèce et le Portugal regroupent à eux seuls 80% du nombre total des AOP/IGP (Appellations d’Origine Protégée/Indications Géographiques Protégées) et STG (Spécialités Traditionnelles Garanties) de l’UE. L’Italie est aussi en pointe pour l’agriculture biologique. L’enjeu pour ces pays est considérable car c’est l’avenir de nombreux territoires ruraux qui se joue, une grande partie de l’agriculture méditerranéenne, sans valorisation territoriale, n’étant pas compétitive dans la mondialisation de par ses caractéristiques. La reconnaissance de la typicité du territoire et du produit permet en effet à cette agriculture d’être valorisée et rémunérée en conséquence par la société. Les producteurs peuvent alors affecter une part de leur revenu à la gestion durable et au renouvellement des ressources naturelles et contribuer au développement territorial. Ainsi par exemple, l’AOC Roquefort joue aujourd’hui un rôle majeur pour le développement territorial par: i) son importance économique en termes d’exploitations agricoles et d’emplois industriels, ii) sa capacité à fixer l’activité sur une longue période à travers la protection juridique du produit, iii) les bénéfices induits par l’AOC sur le bassin de production, iv) la création d’un tissu productif spécifique faisant du bassin de Roquefort la référence technique mondiale en matière d’élevage ovin et v) le rôle joué par l’AOC dans les stratégies de valorisation territoriale mises en place par les élus et les professionnels du tourisme. En prospective, l’enjeu pour la Méditerranée serait de faire bénéficier de cette dynamique les pays du Sud et de l’Est et d’affirmer une stratégie alimentaire et agricole partagée, faisant de la qualité et de la diversité de l’alimentation et des produits un axe majeur du développement méditerranéen dans la mondialisation. De protéger aussi ses produits et ses recettes au niveau international. Si l’idée de promotion de la diète méditerranéenne, de « labels méditerranéens », et de l’extension au sud et à l’Est de la Méditerranée des programmes LEADER de développement rural mis en oeuvre dans le cadre de la politique agricole commune a été évoquée, elle reste cependant à mettre en oeuvre. Ce pourrait être un des mérites d’une future « Union de la Méditerranée » que d’y procéder. L’enjeu va au-delà du seul devenir économique des pays méditerranéens et de la santé de leur population. Il s’agit aussi d’affirmer au niveau mondial la valeur d’un modèle de consommation, de production, de diversité et de coopération Nord/Sud adapté aux grands enjeux du siècle, notamment la prévention des problèmes de santé et de changement climatique. 4.4 Quelques éléments de réflexion pour revisiter le concept de sécurité alimentaire au Maroc Le Maroc doit penser sa stratégie agricole et alimentaire en tenant compte des multiples défis qui résultent des changements observés aux niveaux mondiaux, européen, méditerranéen et national et des incertitudes qui y sont liées. Ces changements invitent à revisiter le concept de la sécurité alimentaire qui doit être compris dans toute sa dimension systémique, à savoir la production, la garantie d’accès, l’accès des ménages nécessiteux et la qualité nutritionnelle et sanitaire. Le coût croissant de la facture alimentaire qui résulte de la nouvelle donne internationale invite à donner plus d’importance à la production agricole nationale. L’enjeu doit être une production accrue mais « valorisée » pour permettre de réduire le coût de cette facture et de créer plus d’emplois et de richesse. L’objectif doit être aussi de contribuer à promouvoir une agriculture durable, garantissant une gestion responsable des ressources naturelles vitales et contribuant à une alimentation de santé. Une haute priorité devra être donnée à l’adaptation de l’agriculture au changement climatique et à la gestion durable des ressources naturelles, notamment l’eau et les sols qui nécessitent aujourd’hui d’être considérées comme des conditions premières de la sécurité alimentaire future du pays. Ceci milite pour promouvoir des approches territorialisées valorisant la diversité et la qualité et les spécificités locales et pour une orientation de l’agriculture marocaine vers des produits à plus haute valeur ajoutée au service des marchés locaux, nationaux et internationaux, notamment européens, lesquels devront s’ouvrir davantage. La sécurité alimentaire doit être aussi assurée pour les ménages nécessiteux avec pour objectif notamment de mettre un terme aux maladies de carences. Une question particulièrement importante est celle de l’évolution de la situation des micro, petites et moyennes exploitations agricoles dont la plupart sont confrontées au problème de la pauvreté rurale. L’analyse des données disponibles montre des disparités croissantes urbain/rural avec notamment une baisse préoccupante de la consommation de produits laitiers et de fruits à la campagne, au contraire des évolutions constatées en ville. La réforme envisagée de la caisse de compensation dont les aides actuelles bénéficient davantage aux ménages riches et urbains qu’aux ménages ruraux pauvres devra prêter une grande attention à cet aspect de la question. Un meilleur ciblage de l’aide s’imposera pour des raisons à la fois d’équité, de restauration d’un meilleur équilibre urbain/rural dans le pays et de maîtrise des dépenses publiques. L’autre enjeu fondamental de sécurité alimentaire est celui de la maîtrise de la transition alimentaire et nutritionnelle pour anticiper et corriger les dérives actuelles (croissance rapide du surpoids et de l’obésité) dont les répercussions sur la santé et sur l’économie sont déjà certainement très lourdes. -- l’encouragement à certaines productions agricoles favorables à la santé (production organique, fruits, légumes, huile d’olive, légumineuses, blé dur,…), -- la distribution qui pourrait être mise à contribution pour une alliance nationale de campagne de promotion des fruits et légumes (« 5 par jour »), et de promotion dans les restaurants de recettes marocaines à base de légumineuses (fèves, lentilles, haricots blancs,..) et produits locaux, -- la promotion, notamment dans la restauration collective, d’une alimentation de qualité équilibrée (version marocaine moderne de la diète méditerranéenne), -- la politique d’aide à la consommation (caisse de compensation) et de développement humain qui devrait mieux prendre en compte les enjeux nutritionnels, -- la politique éducative qui devrait intégrer davantage les messages de nutrition dans tous les curriculums du système d’éducation et les recettes des plats traditionnels marocains et méditerranéens dans les programmes des écoles d’art culinaire, -- les medias qui devraient apporter leur contribution à la promotion du manger sain et s’attacher à limiter les publicités anti-nutrition, -- la législation qui devrait mieux protéger les enfants notamment en interdisant la vente et la publicité d’aliments favorisant l’obésité dans et autour des écoles, -- l’aménagement urbain pour promouvoir l’activité physique et sportive (parcs urbains, pistes cyclables, terrains de sports,…), -- la politique d’encouragement aux sports et aux arts de santé. Conclusion La transition alimentaire actuellement à l’oeuvre au Maroc est rapide et elle a des conséquences importantes sur la santé. La question de la « sécurité alimentaire », longtemps considérée sous le seul angle quantitatif, doit donc l’être aussi, et de plus en plus, sous l’angle qualitatif. La transition observée au Maroc s’inscrit dans une transition mondiale avec des répercussions globales et locales de plus en plus lourdes. La question de la sécurité alimentaire mondiale revient avec force sur le devant de la scène, et elle devient aussi, de facto, une question d’importance majeure pour les pays et pour les familles. Les risques alimentaires mondiaux et le coût croissant de la facture alimentaire pour les pays importateurs et pour les ménages, notamment les plus démunis, vont imposer de redonner une nouvelle priorité aux objectifs de production agricole et de lutte contre la pauvreté. Gérer la transition alimentaire du pays et satisfaire les besoins du marché national en tenant compte des enjeux de durabilité (environnement et santé) nécessiteront des progrès importants de productivité agricole et la réaffirmation d’un modèle marocain de production et d’alimentation. Le Maroc, comme d’autres pays méditerranéens, a la chance de pouvoir fortement gagner en productivité dans des productions adaptées à ses conditions agro-écologiques et favorables à une alimentation de santé. Des progrès importants sont possibles dans la production de blé dur, d’orge, d’huile d’olive, de fruits et légumes, de légumineuses, de viande de parcours, etc. Le modèle alimentaire et les produits agricoles méditerranéens suscitent un intérêt croissant et des opportunités nouvelles de marché se font jour. Les nouvelles exigences internationales qui ressortent de la nouvelle donne alimentaire mondiale et européenne devraient être considérées par le pays plus comme une opportunité que comme une menace. Pour réussir les transitions et prendre place avec succès dans la mondialisation, les pays des deux rives de la Méditerranée gagneraient à développer des coopérations régionales de type gagnant/gagnant. L’objectif devrait être de dépasser une négociation agricole euro-méditerranéenne qui est encore trop limitée à une dimension mercantile qui ne permettra pas de relever les défis communs posés à cette région du monde pour se diriger vers un véritable pacte euro-méditerranéen agricole, alimentaire et rural tenant compte des différences de situation, des atouts communs aux 2 rives et des défis régionaux et mondiaux (la sécurité alimentaire, la pauvreté rurale au Sud, la désertification, les risques de pénuries d’eau, le changement climatique) auxquels il conviendrait d’apporter des réponses coordonnées. Cette évolution du Partenariat pourrait être facilitée par une coopération méditerranéenne capable de construire et de porter une vision régionale de transition, commune et différenciée, de développer des projets concrets de co-développement et de promouvoir des labels, les produits de qualité et la diète méditerranéenne dans les pays riverains et au niveau européen et international. Ce dossier s’appuie notamment sur l’étude réalisée pour le Conseil Général du Développement Agricole par Mme Sabah Benjelloun (« Situation alimentaire et nutritionnelle au Maroc: éléments pour une politique alimentaire », Nov 2007), sur l’étude prospective « Agriculture 2030: quels avenirs pour le Maroc ? » réalisée par le Conseil et par le Haut Commissariat au Plan ainsi que sur des analyses internationales du CIHEAM, du Plan Bleu, de la FAO et de l’IFPRI. |
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