| Situation de l'Agriculture Marocaine en 2005 |
I – LE CONTEXTE INTERNATIONAL I-1 PERFORMANCES GLOBALES DE L’ECONOMIE MONDIALE L’expansion et le ressort de l’économie mondiale en 2005 ont continué de dépasser les prévisions en dépit du renchérissement du pétrole et des catastrophes naturelles. Ainsi, l’activité au deuxième semestre de 2005 a été plus vigoureuse que prévu précédemment, en particulier dans les pays émergents. En effet, la prise en compte des révisions statistiques en Chine a permis au FMI de réévaluer la croissance mondiale en 2005 à 4,8 % soit 0,5 point de plus que l’estimation prévue en septembre 2005. Cette performance de l’économie mondiale est liée aussi aux tendances positives qui ont caractérisé les données émises par les pays après la clôture de l’année 2005. La croissance est restée vigoureuse dans la plupart des pays émergents et des pays en développement. Le dynamisme de l’activité en Chine, en Inde et en Russie était particulièrement remarquable. Ces trois pays ont représenté ensemble deux tiers de la révision à la hausse de la croissance mondiale en 2005 par rapport aux prévisions. La production industrielle mondiale s’est redressée notablement depuis le milieu de 2005 et la croissance des échanges internationaux s’est approchée de 10 %. Parmi les pays industrialisés, en dépit d’un quatrième trimestre faible, le Etats-Unis restent le principal moteur de la croissance, néanmoins l’expansion japonaise est bien établie et la reprise dans la zone euro semble plus soutenue, même si la croissance de la demande intérieure reste modérée. Le volume mondial des exportations de produits agricoles a progressé entre 1990 et 2004 de près de 190 % sans toutefois que la part des exportations agricoles dans les exportations totales ne subisse de changement. En effet, cette part est demeurée égale à 8,8% entre 1990 et 2004. Durant cette même période, elle s’est inscrite soit à la stagnation soit à la baisse pour les pays développés ou à développement très avancé, bien que la valeur de leurs exportations de produits agricoles ait connu une augmentation importante entre 1990 et 2004, allant parfois jusqu’à plus de 300%, comme c’est la cas pour le Brésil, le Chili et le Mexique. I–2 CONJONCTURE DES MARCHES INTERNATIONAUX DES PRODUITS AGRICOLES I–2–1 Les Céréales La production céréalière mondiale de 2005 s’est établie, selon les estimations de la FAO, à prés de 2005 millions de tonnes (y compris le riz usiné), représentant 2,4 % de moins que la production record de l’année précédente. Ce faible déficit de production, ne devrait pas accentuer la diminution des stocks mondiaux par rapport à l’utilisation mondiale. Le rapport entre les stocks céréaliers mondiaux et l’utilisation s’est établi à 22 %. Il reste proche des niveaux enregistrés au cours des deux dernières campagnes mais demeure inférieur à la moyenne à long terme estimée à environ 30 %. La révision à la hausse de la production mondiale pour 2005 est attribuable essentiellement à l’amélioration des rendements de maïs aux Etats-Unis pour les céréales secondaires (971 millions de tonnes). Elle est aussi due en grande partie à la nette augmentation des récoltes de riz constatées dans la majorité des grands pays producteurs d’Asie, qui a porté l’estimation de la production mondiale de paddy en 2005 à 622,5 millions de tonnes soit l’équivalent de 415,8 millions de tonnes de riz usiné. Dans l’ensemble, les conditions globalement satisfaisantes, en 2005, ont entraîné une amélioration des récoltes céréalières dans la plupart des régions, à l’exception de l’Afrique du Nord et de certains pays de l’Afrique australe et de l’Amérique du Sud, où les cultures ont souffert des mauvaises conditions météorologiques. La part du commerce mondial en pourcentage de la production a sensiblement baissé entre 2004 et 2005 en passant respectivement de 12,9% à 11,9%. Elle devrait rester à ce dernier niveau en 2006 et ne pas subir d’évolution notable. Les prix du blé et du maïs à l’exportation, exprimés en Dollars US/Tonne, ont connu une hausse sensible entre novembre 2004 et novembre 2005 de l’ordre de 3% pour les exportations américaines. Pour le blé d’Argentine, dont le niveau du prix est plus bas que le blé américain, il a enregistré par contre une hausse importante de son prix qui a augmenté de plus de 15% dans le même intervalle. I–2–2 Le Sucre La FAO a estimé la production mondiale de sucre pour la campagne 2004/05 à 142,5 millions de tonnes (en équivalent sucre brut), soit une augmentation de prés de un pour cent par rapport à la campagne précédente. La production est restée cependant inférieure à la consommation évaluée à 145,1 millions de tonnes pour 2005. Les prévisions de la production de sucre pour la campagne 2005/06 s’inscrivent à la hausse en prévoyant une estimation de 147,8 millions de tonnes, supérieure de 3,7 % à celle de 2004 / 05 et approximativement équivalente au chiffre prévu pour la consommation mondiale de sucre en 2006 (148 millions de tonnes). Le gros de cette augmentation de la production serait enregistré dans les pays en développement, où la production totale devrait atteindre 106 millions de tonnes stimulée par une récolte record au Brésil et par la reprise en Inde. La consommation mondiale de sucre en 2005 a progressé de 1,2 % par rapport à 2004, et devrait augmenter de 2 % en 2006 par rapport à 2005, en raison de la croissance escomptée dans les pays en développement de l’Extrême Orient et de l’Amérique Latine. Cette croissance de la consommation a contribué au raffermissement des cours mondiaux du sucre, entamé en 2004, et qui s’est poursuivi en 2005. Le prix de l’Accord international sur le sucre (ISA) a atteint en moyenne 9,20 cents EU par livre et par jour, de janvier à septembre 2005, correspondant à une augmentation de plus de 30 % par rapport à la même époque en 2004. I–2–3 Les produits oléagineux et dérivés Au titre de la campagne agricole 2004/05, la production mondiale de graines oléagineuses, estimée à 387,7 millions de tonnes, a enregistré une forte progression de 12,8 % par rapport à la production de la campagne précédente, et devrait augmenter encore de 2 % environ pendant la campagne agricole 2005 / 06, pour atteindre 395 millions de tonnes. Cependant, cette légère hausse prévisionnelle représente un ralentissement considérable de la production après le bond enregistré en 2004/05. En ce qui concerne les huiles - matières grasses et les farines- tourteaux, la campagne 2004/05 a connu, également, une croissance importante pour ces produits, respectivement de 7,6 % et 13,8 % par rapport à la campagne précédente ce qui a contribué à l’amélioration des réserves. Ainsi, les stocks ont enregistré une reprise pendant la campagne 2004/05 après plusieurs années de déclin. Le ratio stock/ utilisation entre 2003/04 et 2004/05 a augmenté de 10,6% à 13,8 % pour les farines et tourteaux et de 12,2% à 12,9% pour les huiles et matières. L’indice FAO des prix des graines oléagineuses (1990-1992=100) s’est raffermi au milieu de la campagne 2004/05, puis il a baissé en devenant, à la fin de la campagne, proche du niveau enregistré en octobre 2004. Ce fléchissement des prix est la conséquence du niveau record des stocks de report de graines oléagineuses alors que la campagne touchait à sa fin. Concernant les prix des huiles et des matières grasses, ils ont fléchi sous la pression d’une production record d’huile de soja et de palme en 2004/05. L’utilisation des huiles végétales a été inférieure à l’offre, d’où un accroissement des stocks mondiaux. Cependant, les prévisions pour la campagne 2005/06 tablent sur une croissance plus modérée de la production ce qui entraînerait une chute du ratio stock/ utilisation des huiles compte tenu de la persistance de la fermeté de la demande. Par conséquent, les prix devraient augmenter notamment en raison de la tendance qui prévaut dans le monde entier, à savoir, l’utilisation croissante d’huiles végétales dans le secteur du biodiesel. I–2–4 Les Agrumes Les prix des agrumes frais étaient bas en Europe en raison de l’abondance de l’offre et des problèmes de qualité. En France le prix de la clémentine du Maroc était de 0,48 Euro/kg contre 0,67 Euro/kg en 2003-04 et en Allemagne le prix de la clémentine d’Espagne était de 1,08 Euro/kg contre 1,14 Euro/kg en 2003-04. En Espagne, les mauvaises conditions météorologiques et les fortes gelées du début de l’année 2005 ont causé des dégâts dans les vergers. Par contre les prix de l’orange et de la pamplemousse ont augmenté en Amérique à cause de la forte baisse des approvisionnements (104,18 US cents /kg pour les Navels de Californie contre 93,71 US cents/kg en 2003-04). I–2–5 Lait et Produits Laitiers L’indice FAO des cours internationaux des produits laitiers (1990-92=100) s’est stabilisé dans la fourchette 160-165 en 2005, pour atteindre en septembre son plus haut niveau depuis 15 ans, à savoir 165. Les prix sont demeurés élevés, principalement du fait d’une croissance plus forte de la demande en certains endroits de l’Asie et de l’Amérique du nord, mais aussi en raison des disponibilités limitées en Océanie et des moindres subventions à l’exportation accordées par l’Union Européenne. Concernant le commerce des produits laitiers, les échanges totaux de produits laitiers, évalués en équivalent lait, ont baissé en 2005 par suite d’une diminution des disponibilités exportables en provenance de l’Union Européenne et de la Nouvelle Zélande. Les exportations mondiales de tous les principaux produits laitiers étaient moins élevés en 2005. Pour 2006, sur la base de l’accroissement des disponibilités exportables et de la fermeté continue de la demande d’importation, les prévisions de la FAO tablent sur une hausse des échanges de lait entier en poudre et de fromage. I-3 ETAT DES NEGOCIATIONS AGRICOLES A L’OMC La 6ème conférence ministérielle de l’OMC s’est tenue à Hong Kong, du 13 au 18 décembre 2005. La déclaration issue de cette réunion a mis l’accent sur certains paramètres généraux pour orienter l’élaboration des modalités complètes sur l’accès aux marchés des produits agricoles et non agricoles et les pays membres se sont fixés la date butoir du 30 avril 2006 pour les parachever. Ils se sont donnés aussi un délai jusqu’au 31 juillet 2006 pour présenter des projets complets de listes d’engagements afin de pouvoir conclure le Cycle à la fin de l’année 2006, date prévue pour l’élimination des subventions à l’exportation. L’année 2013 a été fixée comme date limite pour l’élimination des subventions à l’exportation pour les produits agricoles, sous réserve de l’achèvement des modalités. Une ‘partie substantielle’ des réductions devra être réalisée pour la fin de la première moitié de la période de mise en œuvre. Trois fourchettes pour les réductions du soutien agricole interne ont été retenues. Ainsi, le membre qui a le niveau le plus élevé de soutien autorisé comme l’UE, se situera dans la fourchette supérieure, et sera donc soumis à l’abaissement tarifaire linéaire le plus important. Les Etats-Unis et le Japon se classeront dans la fourchette intermédiaire, et tous les autres membres dans la fourchette inférieure. Il est demandé aussi aux pays, tel que la Suisse, qui ont des niveaux relativement élevés de subventions ayant des effets de distorsion, même s’ils se situent dans la fourchette inférieure, de consentir une réduction supplémentaire. Le texte de la déclaration prescrit aussi aux Membres d’élaborer des disciplines sur l’aide alimentaire, les programmes de crédit à l’exportation et les pratiques des entreprises commerciales d’Etat exportatrices pour le 30 avril 2006 dans le cadre des modalités. Concernant le soutien interne global, les membres ont été invités à le réduire autant que possible et ce, afin de rendre plus difficile pour les pays de recourir à la permutation de catégories et échapper aux engagements de réduction (par exemple, en modifiant très légèrement leurs mesures de soutien de la catégorie orange et en les qualifiant de soutien de la catégorie bleue). En ce qui concerne l’accès aux marchés, les Membres ont convenu de restructurer leurs tarifs en quatre fourchettes. Cependant il reste de grandes divergences entre les pays dans ce domaine pour ‘convenir des seuils pertinents’ applicables aux réductions pour les pays développés et pour les pays en développement. De plus, la Déclaration accepte qu’il y ait un seuil de déclenchement fondé sur les prix pour le MSS et un seuil de déclenchement fondé sur les quantités. C’est un point particulièrement important étant donné que de nombreux pays en développement ne peuvent surveiller efficacement les quantités à l’importation; il est beaucoup plus simple d’assurer un suivi des prix. La question centrale à laquelle tente de répondre les analystes du processus de négociation de l’OMC sur le volet agricole, est: comment expliquer l’incapacité des négociateurs à réaliser un accord final sur le volet agricole du Doha Round bien que presque tous les ingrédients d’un accord final semblent rassemblés ? En effet, cette question semble être à la base de la prospective de l’évolution des négociations du cycle de Doha sur le volet agricole. Une première conclusion est que la négociation actuelle du Doha Round est beaucoup plus difficile au plan politique que celle de l’Uruguay Round; bien que ce dernier ait permis la réforme de la PAC en 1992 pour atteindre un accord final et qu’il soit parvenu à l’élaboration de l’architecture de l’accord agricole, avec en particulier ses trois principaux piliers (concurrence à l’exportation, accès aux marchés et soutien interne). Alors que cette architecture est un acquis dans le cycle de Doha et elle est à la base de toute la négociation depuis la réunion de lancement à Doha. Les difficultés au plan politique ont comme origine: • Le nombre des pays membres de l’OMC, est beaucoup plus grand que lors de l’Uruguay round et les divers groupes de pays semblent avoir une voix significative dans les débats. Les pays en développement n’hésitent plus à protester vivement lorsqu’ils craignent d’être marginalisés. • Tous les principaux membres sont appelés à faire des concessions significatives, difficiles à gérer au plan de leurs politiques intérieures. A titre d’exemple, il ne peut pas y avoir d’accord final sans une réforme profonde de la politique cotonnière des USA. De même, pour l’Inde ou le Brésil, une ouverture significative des marchés industriels et de services n’est pas politiquement facile. • L’hétérogénéité des dossiers en négociation est une autre source de difficultés. De ces constats et sur la base des expériences des cycles de négociations multilatérales conduites dans le passé, qui se sont toujours soldés, malgré les difficultés, par des compromis trouvés par l’échange de concessions entre les principaux pays engagés dans la négociation; les experts sont d’avis qu’un consensus peut se dégager sur le contenu final d’un paquet susceptible de recueillir l’accord de tous, à savoir: (i) un engagement plus fort des Etats-Unis à réduire le soutien interne à leurs agriculteurs, (ii) un meilleur accès aux marchés européens et (iii) quelques concessions des pays du G20 en matière d’accès aux marchés pour les produits industriels et les services. Cette vision se heurte, cependant, à des obstacles qui ne sont pas prêts à être levés: • Les pays en développement subordonnent l’avancement des négociations sur l’accès aux marchés non agricoles et sur les services, négociations qui restent encore très sommaires, à la conclusion préalable d’un accord sur l’agriculture. • Les Etats-Unis, bien qu’ils souhaitent une libéralisation du commerce international, se heurtent en matière agricole, au plan politique interne, aux dispositions protectionnistes de la Loi agricole de 2002 (Farm bill), notamment la politique cotonnière, qui est en contradiction avec la volonté de libéralisation souhaitée. En conclusion, si les Etats-Unis ne parviennent pas à formuler une proposition à l’OMC qui serait susceptible de débloquer la négociation et comme les pays du G20, très soutenus sur ce point par les pays les plus pauvres, ont réussi à faire du déblocage sur l’agriculture un préalable à toute négociation sérieuse sur les autres secteurs, on voit mal quel scénario permettrait de conclure le cycle de Doha dans les meilleurs délais. Encadré: LES EFFETS DE LA LIBERALISATION SUR LE COMMERCE DES PAYS EN DEVELOPPEMENT Les exportations des pays en développement sont encore essentiellement tournées vers l’Union Européenne et les Etat Unis, bien que l’on assiste à une progression du volume des échanges entre les pays en développement, notamment entre l’Asie et l’Afrique. Le commerce Sud-Sud est un potentiel qui reste encore à exploiter et à développer. Le tableau ci-après (voir fichier Pdf), présente les prévisions de changement des flux commerciaux bilatéraux de trois groupes de pays: les 25 pays de l’UE, des pays en voie de développement et d’autres pays membres de l’OCDE, sur la base de deux scénarios. Un scénario concernant les échanges à l’échelle mondiale dans lequel tous les pays libéralisent tous les secteurs, et un scénario dans lequel seuls les pays de l’OCDE s’engagent dans des réformes. Les résultats présentés concernent le commerce de tous les produits et le commerce des produits agricoles et alimentaires. Les résultats montrent que dans le cadre du scénario à l’échelle mondiale le commerce mondial croîtrait de 11% alors que le commerce inter UE baisserait de 2%. Et suite à la réduction des préférences commerciales intracommunautaires (UE), les producteurs des pays en développement augmentent leurs exportations de 16%, réalisant la plus forte croissance, en termes de part de marché, sur les marchés européens. Au niveau global, les exportations des pays en développement enregistreraient 22% de croissance. La plus forte hausse étant celle qui serait observée entre les pays en développement (26%). Pour le volet concernant l’agriculture et les produits alimentaires, on remarque également que les exportations des pays en développement augmenteraient de 32% avec l’UE, de 44% entre pays en développement et de 39% sur le plan global. Dans le cas où seuls les pays membres de l’OCDE s’engagent dans les réformes (les pays en développement n’y participent pas). La croissance des échanges est réduite pour les deux groupes de pays, mais surtout pour les pays en développement. Ainsi, dans le scénario impliquant les pays membres de l’OCDE, les exportations des pays en développement vers les économies développées augmentent à un rythme plus lent (+16%) que dans le scénario d’une libéralisation plus large. Dans les deux scénarios le Maroc sera confronté, d’une part, au défi du maintien de sa compétitivité sur le marché de l’UE qui reste son principal débouché en raison de l’érosion de ses préférences et, d’autre part, sur son marché intérieur en raison de l’écrêtement des pics tarifaires, jusque là, protecteurs des produits sensibles (Blé et Viandes rouges). |
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