Bulletin de Liaison du Programme National de
TRANSFERT DE TECHNOLOGIE
EN AGRICULTURE


 



 
Sommaire  n°14


Les légumineuses alimentaires au Maghreb: situation actuelle et perspectives
La culture du blé dur au Maroc (2ème partie)

 
 

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Les légumineuses alimentaires au Maghreb: de l’autosuffisance à l’importation

Résumé

Au Maghreb, les légumineuses alimentaires sont essentiellement cultivées pour leurs rôles dans l’alimentation humaine et dans l’amélioration de la fertilité du sol dans le système de culture dominant à base de céréales. La production de légumineuses alimentaires dans les trois pays du Maghreb (Maroc, Algérie et Tunisie) demeure largement un secteur traditionnel où la majorité des producteurs sont de petits exploitants agricoles disposant d'une main d'œuvre familiale abondante. Avec l’augmentation de la demande intérieure en légumineuses alimentaires et la stagnation des rendements, dues respectivement à la croissance démographique et à la nature traditionnelle du secteur; la production ne satisfait plus la demande locale et le Maghreb est devenu un net importateur depuis 1979.

Introduction

Les principales légumineuses alimentaires cultivées au Maghreb (Maroc, Algérie et Tunisie) sont la fève, le pois chiche, le pois sec et la lentille. Ces quatre espèces couvrent plus de 80% des superficies destinées aux légumineuses alimentaires. D'autres espèces d'importance mineure sont aussi cultivées (haricot, lupin, soja ... ).

La part qu'occupent les légumineuses alimentaires dans l'assolement est d'environ 3% en Algérie et en Tunisie et d'environ 6% au Maroc. La majorité de ces légumineuses alimentaires sont conduites en agriculture pluviale, en rotation avec les céréales, particulièrement dans les zones Nord du Maghreb où la pluviométrie annuelle dépasse 350 mm. Dans ces régions, les légumineuses alimentaires occupent environ 25% des terres cultivables.

Superficies, production et rendements

Durant les dix dernières années, la superficie occupée par les quatre principales légumineuses alimentaires au Maghreb est d'environ 400.000 ha au Maroc, 130.000 ha en Algérie et 80.000 ha en Tunisie. Dans les trois pays, la fève est la culture dominante avec environ 50% des superficies allouées aux légumineuses alimentaires. Le pois chiche occupe la deuxième place avec environ 20% (Maroc) à 40% (Algérie et Tunisie) de la sole légumineuses alimentaires. Le pois sec occupe environ 10% alors que la lentille est essentiellement cultivée au Maroc (18%).

Sur une longue période (1961-91), l'évolution des superficies emblavées en légumineuses alimentaires montre une croissance continue (2.5%/an) en Algérie et en Tunisie alors qu'aucune nette augmentation n'est observée au Maroc (Figure 1). Cependant, durant les dernières années, une nette diminution des superficies emblavées en légumineuses alimentaires est observée en Algérie et en Tunisie. L'évolution des superficies des différentes espèces de légumineuses alimentaires montre une nette tendance à l'augmentation du pois chiche et à la diminution de la lentille.

fig1

Figure 1: Evolution de la superficie totale (1000 ha) des légumineuses alimentaires au Maroc, en Algérie et en Tunisie durant la période 1961-1991.

Les niveaux annuels de production des légumineuses alimentaires, sur une période de sept ans (1985-91) sont de 400.000 T au Maroc, 70.000 T en Tunisie et 50.000 T en Algérie (Figure 2). Ces valeurs montrent qu'environ 75% de la production des légumineuses alimentaires au Maghreb provient du Maroc, pays classé mondialement comme quatrième producteur de fèves et onzième producteur de pois chiche.

Figure 2: Evolution de la production totale (1000 T) des légumineuses alimentaires au Maroc, en Algérie et en Tunisie durant la période 1961-1991.

Durant les trois dernières décennies, l'augmentation de la production des légumineuses alimentaires en Algérie et en Tunisie s'est essentiellement produite suite à une augmentation des superficies alors que les rendements n'ont significativement pas augmenté dans les trois pays (Figure 3). Au Maroc, l’augmentation de la demande intérieure en légumineuses alimentaires a surtout été absorbée par une réduction des exportations.

Les rendements moyens actuels des légumineuses alimentaires au Maghreb sont respectivement d'environ 0.8, 0.6 et 0.4 T/ha au Maroc, en Tunisie et en Algérie (Figure 3) avec de larges variations dues principalement aux fluctuations des précipitations.

Figure 3: Rendements moyens (T/ha) des légumineuses alimentaires au Maroc, en Algérie et en Tunisie durant la période 1961-1991.


Demande en légumineuses alimentaires

Consommation humaine et animale

La majorité de l'offre en légumineuses alimentaires au Maghreb (plus de 80%) est destinée à l’alimentation humaine du fait de leur richesse en protéines et de leur facilité de stockage, particulièrement pour les zones enclavées. La moyenne actuelle de la consommation varie entre 6 à 9 kg/an/habitant. Bien que la consommation par habitant ait sensiblement chuté au cours des dernières décennies, la demande en légumineuses alimentaires est en continuelle augmentation du fait d'une plus grande croissance de la population.

L'utilisation des légumineuses alimentaires dans l'alimentation animale est évaluée à moins de 10% de la production totale, particulièrement la fève, du fait de leur prix élevé par unité protéique en comparaison avec le tourteau de soja importé. Environ 20% de la production de fève est utilisée par certains éleveurs-engraisseurs de bovins. Cependant, le taux de croissance de la demande en légumineuses alimentaires comme aliment de bétail est supérieur à celui de la consommation humaine. Au Maroc, ces aux sont respectivement de 22% et 1.5%.

Importation et exportation

La production et la commercialisation des légumineuses alimentaires au Maghreb est libre avec peu ou pas de subventions spécifiques de l’Etat. Les quantités commercialisées varient selon la production. Au Maroc, et pour la fève, la part commercialisée a été d'environ 90% de la production durant les années soixante et 15% dans les années quatre vingt. Des pourcentages et des tendances similaires sont rapportés pour les autres légumineuses alimentaires au Maroc et en Tunisie. Durant les années où la production est supérieure à la demande locale, notamment au Maroc et en Tunisie, certaines quantités sont exportées, particulièrement vers l’Europe. Au cours des dernières années, les prix locaux des légumineuses alimentaires ont régulièrement augmenté, ce qui a favorisé leur écoulement sur le marché local.

Les exportations nettes de légumineuses alimentaires des trois pays du Maghreb sont illustrées dans la figure 4. Après avoir été un important exportateur de légumineuses alimentaires, le Maroc est devenu un net importateur depuis 1992. Une tendance similaire, caractérisée par une diminution de l'offre locale pour satisfaire la demande et une augmentation des importations, est observée au niveau des deux autres pays du Maghreb, avec l'Algérie comme importateur majeur depuis 1972 et la Tunisie depuis 1983.

Figure 4: Importation nette (négative) ou exportation nette (positive) (1 000 T) des légumineuses alimentaires au Maroc, en Algérie et en Tunisie durant la période 1961-1991.

Contraintes à la production

La production de légumineuses alimentaires au Maghreb demeure encore un secteur traditionnel où la majorité de producteurs sont de petits exploitants agricoles. Les techniques actuelles de production sont caractérisées par une forte utilisation de la main d'œuvre et de la traction animale même au niveau des exploitants ayant largement amélioré et mécanisé la production de céréales.

Avec l’augmentation des coûts de la main d'œuvre, la stagnation des rendements à des niveaux inférieurs à 1 T/ha et la forte variabilité interannuelle des rendements, la production des légumineuses alimentaires est devenue de moins en moins rentable en comparaison avec les céréales et le tournesol, cultures qui bénéficient de subventions de l'Etat.

La faible productivité des légumineuses alimentaires au Maghreb a été attribuée aux techniques culturales inadéquates, particulièrement le contrôle de mauvaises herbes et la faible mécanisation, et à l’utilisation de matériel génétique à faible productivité et sensible aux maladies.

Perspectives

La situation actuelle des légumineuses alimentaires au Maghreb est celle d'une offre locale en régression par rapport â une demande croissante. La conséquence et la solution immédiates à cette situation sont une augmentation des importations pour rétablir l’équilibre. Les pays du Maghreb sont conscients de la gravité de la situation et prennent des mesures pour définir les solutions appropriées. L'augmentation des superficies et de la productivité par hectare sont les deux principales options pour l’augmentation de la production.

L'opportunité d'augmenter les superficies emblavées en légumineuses alimentaires, particulièrement aux dépens de la jachère, demeure encore une option d'augmentation de la production à court terme. Dans le Maghreb, la jachère occupe encore entre 10 à 25% des terres cultivables. En Turquie, l'augmentation des superficies de la lentille et du pois chiche, à travers une politique de remplacement de la jachère, a été une expérience réussie. L'adoption à grande échelle de la technologie du pois chiche d'hiver est un autre moyen d'étendre la culture des légumineuses alimentaires aux régions où le système de culture dominant est basé sur la rotation céréale-jachère.

L'augmentation de la productivité par unité de surface est une voie sure d'augmenter la production et d'améliorer la compétitivité des légumineuses alimentaires par rapport aux autres cultures. Cette option implique cependant un bond technologique important et des efforts conjugués et soutenus des chercheurs, des vulgarisateurs, des agriculteurs et des décideurs.

A. Bamouh,
Professeur d'Agronomie à l’IAV Hassan II