Maroc  Vulgarisation Morocco

Vulgarisation Bulletin de liaison du Programme National de
TRANSFERT DE TECHNOLOGIE
EN AGRICULTURE


 

Situation Actuelle de l'Infestation par
la Morelle Jaune au Maroc

  

INTRODUCTION

La morelle jaune (Solanum elaeagnifolium Cav.) est une Solanaceae vivace, redoutable et adventice des cultures. Elle est originaire de l'Amérique subtropicale d’où elle s’est répandue à travers plusieurs pays dans le monde: USA, Mexique, Brésil, Espagne, Yougoslavie, Sicile, Grèce, Palestine, Egypte, Arabie Saoudite, Inde, Australie, Algérie, Maroc...

Elle est signalée pour la première fois par Gattefosi en 1949 (Catalogue annoté des Plantes du Maroc, Contr. 459) dans la région d'El Borouj (Province de Settat) et à Casablanca (Avenue Al Maârif). Elle a été signalée ensuite en 1950 dans le Centre de Mise en Valeur 506, date coïncidant avec les premiers semis du coton au Maroc. De là, elle s'est propagée dans les deux rives de l'Oum Rabiâ (Béni Amir et Béni Moussa). Depuis, elle infeste le périmètre irrigué du Tadla à une vitesse vertigineuse. Après avoir conquis la zone irriguée, elle s'est propagée vers les milieux bour tels que Kesbet Tadla, Bzou, Afourer. A présent, la morelle jaune s’est disséminée également dans d’autres régions du pays où elle risque de provoquer les mêmes dégâts qu’au Tadla.

FACTEURS DE PROPAGATION

L’adventice peut être propagée particulièrement par les ovins et leur fumier, et par l’eau d’irrigation. La paille, les plants en motte issus de pépinières infestées, les engins agricoles et les semences non épurées constituent également des moyens de dissémination non négligeables.

En raison des échanges commerciaux notamment le déplacement des ovins (abattage, Aid El Kébir), les besoins accrus en paille et particulièrement en fumier et la circulation de plants en motte, la plupart des périmètres limitrophes et lointains du Tadla ont été infestés à des degrés variables.

Plusieurs prospections ont été effectuées à travers les différentes régions du Maroc depuis la généralisation du problème. Une campagne de sensibilisation a été lancée en 1995 et surtout en 1996 pour faire connaître cette mauvaise herbe et aider à la détection précoce de ses foyers.

Au cours de nos prospections, nous retrouvons toujours les foyers de la morelle jaune à la droite des axes routiers. Elle est généralement associée à des restes de fumier ou de paille. Les premiers foyers sont souvent détectés aux alentours des abattoirs et des étables (ex. COMAGRI) ou dans les jardins publics. Il va sans dire que l’apparition de l’adventice dans un lieu est antérieure à la date de sa détection, certains foyers récemment découverts semblent, cependant, s’être établis depuis plusieurs années déjà.

ETAT ACTUEL DES INFESTATIONS

TADLA

C’est la région source de cette mauvaise herbe, de loin la plus infestée, en particulier le périmètre des Béni Amir. Selon les estimations de l’ORMVAT, les superficies concernées et leur degré d’infestation se présentent comme suit:

Très infesté....................     4000 ha
Moyennement infesté........   5400 ha
Faiblement infesté............   1800 ha
Infestation sporadique........ 1000 ha
  Total.............................      12 200 ha

AZILAL, KHOURIBGA ET KHENIFRA

La morelle jaune se trouve dans certaines communes de la province d’Azilal, surtout à Afourer, Timoulilt, Béni Ayat. Sa présence est relativement récente et sporadique à Azilal, Tanant et Tagolft.

L’adventice est également présente, presque sans interruption, le long de l’axe reliant Fquih Ben Saleh à Khouribga.

Dans la province de Khénifra quatre foyers sont actuellement recensés: C.T Béni Khlil (siège, zone d’action), Boumia (Souk), Khénifra (Terrain de football).

CHAOUIA

Des superficies non négligeables sont infestées essentiellement à El Borouj (14 ha), Sidi El Aydi, Berrechid, Ben Ahmed, Deroua, Settat et Khémisset-Chaouia.

La mauvaise herbe est surtout confinée dans des terres collectives de pâturage.

HAOUZ

La morelle jaune est apparue pour la première fois dans la région de Marrakech en 1990. A cette époque, il n’y avait qu’une centaine de foyers. Selon l’ORMVAH, l’adventice est présente actuellement dans 528 foyers dont 84 à El Kelâa des Sraghna totalisant une superficie de 68,3 ha. La plupart des foyers n’a qu’une aire inférieure à 1000 m2 et 1% des foyers dépasse 1 ha.
 
Ainsi, la morelle jaune est présente à Souihla, Tasseltant, Loudaya, route d’Essaouira, route de Ouarzazate, route d’Ourika, Sbabta, Attaouia, Tamellalet, Oulad Zerrad... Mais aussi en zone urbaine (jardins publics de Marrakech, palmeraie, Hôtel Mamounia...) et au bord des routes.

SOUSS-MASSA

La mauvaise herbe a été signalée pour la première fois en 1994 dans la province de Taroudant (Oulad Taïma, forêt d’arganier). La superficie infestée est de 14,5 ha répartis chez une quinzaine d’agriculteurs.

ORIENTAL

Dans la zone d’action de l’ORMVA de la basse Moulouya, six foyers ont été recensés dans la région de Berkane, Nador et Sâaïdia avec une superficie totale estimée à 9 ha dont 5 ha dans la seule ville de Nador.

Par ailleurs, quelques petits foyers ont été détectés dans la région de Oujda à Béni Drar, Laâyoune et Lebsara.

GHARB

Une douzaine de foyers a été détectée récemment dans le Gharb (1996): trois à Souk El Arbâa, trois à Sidi Kacem, quatre à Sidi Allal Tazi et deux à Sidi Slimane. L’importance de ces foyers varie de quelques traces à 2000 m2.

TAFILALET

La première signalisation de la morelle jaune dans la région a été faite en 1996. Six foyers ont été détectés jusqu’à présent: deux à Rissani dont un à l’abattoir de la ville, trois dans la ville d’Errachidia et un à Tinjdad. La superficie totale infestée est de 5200 m2 dont 2500 m2 à Tinjdad.

CASABLANCA ET RABAT

A Casablanca quelques foyers ont été identifiés notamment dans les avenues: Ank, Maârif (au pied des arbres de bigaradier), aux alentours des abattoirs, au zoo, le long de la voie ferrée (Casa voyageurs) et aussi à Rabat en amont des égouts en face de la résidence Assabah.

CONCLUSION

La morelle jaune qui n’était connue qu’au Tadla s’est propagée progressivement en dehors de ce périmètre au cours des vingt dernières années. Si des mesures urgentes et concrètes ne sont pas prises pour résoudre ce problème, d’autres régions du Maroc et en particulier les périmètres irrigués, tous actuellement menacés, risquent de subir le même sort.

Nous pensons qu’il est impératif de:

mener une action de grande envergure au Tadla pour réduire chaque année progressivement les superficies infestées,

procéder à l’éradication de tous les nouveaux foyers d’infestation dans les autres régions,

instaurer un système de surveillance continue doublé d’un train de mesures préventives à l’échelle nationale.

Si le savoir-faire en matière de lutte contre cette mauvaise herbe est maintenant disponible, il reste à définir une stratégie opérationnelle pour la combattre dans sa région source, c’est à dire au Tadla.

Par QORCHI M (1) et TALEB A (2)
(1) DPVCTRF, Rabat
(2) IAV Hassan II, Rabat

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© 1998, Bulletin réalisé à l'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II,
Responsable de l'édition: Prof. Ahmed Bamouh
Programme National de Transfert de Technologie en Agriculture (PNTTA)
B.P:6446-Instituts, Rabat, Maroc
Tél-Fax:(212) 37-77-80-63