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Vulgarisation Bulletin de liaison du Programme National de
TRANSFERT DE TECHNOLOGIE
EN AGRICULTURE





Désherbage Chimique de la Lentille:
Recherche d'une stratégie efficace et économique
 
 

INTRODUCTION

Les légumineuses alimentaires occupent une place importante dans les systèmes de culture des zones semi-arides. Ce rôle est lié à leur place dans la rotation et à leur importance économique et nutritionnelle.

Parmi les légumineuses alimentaires cultivées au Maroc, la lentille occupe annuellement une superficie d'environ 44 000 ha, dont 44,5% situés dans la région de Settat. Durant les dix dernières années, la culture de la lentille est en pleine expansion avec une augmentation moyenne annuelle de 2 000 ha/an. Le rendement moyen national de cette culture est d'environ 5 qx/ha.

L'une des principales causes de la faiblesse du rendement de la lentille, est sa faible compétitivité vis à vis des mauvaises herbes, du fait de sa faible stature. Avec la cherté de la main d'oeuvre, on observe que le désherbage manuel est de moins en moins pratiqué au niveau des petites exploitations. Au niveau des grandes exploitations, de larges écartements entre lignes de semis sont pratiqués pour permettre un binage au tracteur. Cette pratique limite largement les niveaux de rendements obtenus.

Le présent travail de recherche s'inscrit dans le cadre de l'amélioration des techniques de production de la lentille, particulièrement la recherche d'une stratégie de désherbage efficace et économique en associant les diverses méthodes de lutte contre les mauvaises herbes.
 
Résultats

Les stratégies de désherbage testées

L'essai a été conduit à la station expérimentale de l'Institut National de la Recherche Agronomique à Sidi-El Aydi, dans la province de Settat.  Le matériel végétal utilisé est la variété de lentille "Precoze", à floraison précoce, à teneur en protéines moyenne et résistante à la rouille. La densité de semis adoptée est de 30 Kg/ha soit 75 pieds/m².

Le choix des stratégies de désherbage a été effectué pour tenir compte des différentes situations culturales où la lentille est cultivée, notamment le type d'exploitation agricole. Les méthodes de désherbage utilisées sont le manuel, le mécanique, le chimique, ainsi que leurs combinaisons.

Pour un souci d'économie, les opérations de désherbage ont été réduites à un maximum de deux interventions au cours du cycle de la culture. Le choix des moments d'intervention ainsi que celui des désherbants chimiques a été fait sur la base de résultats antérieurs (Tab. 1).

La flore adventice de la lentille

La liste exhaustive des espèces rencontrées au niveau de l'essai, au cours du cycle de la culture et lors des différents relevés, est présentée au tableau 2. Vingt cinq espèces ont été inventoriées, dont quelques une sont en état de traces. Les espèces rencontrées appartiennent à 14 familles dont 13 appartiennent à la classe des dicotylédones et une seule famille à la classe des monocotylédones. Les 3 premières espèces monocotylédones et les 11 premières espèces dicotylédones sont les plus fréquentes sur les parcelles d'essai.

En terme de matière sèche, et au niveau du témoin non désherbé, les espèces les plus dominantes sont Bromus rigidus, Phalaris minor, Avena sterilis et Lolium rigidum pour les monocotylédones et Chenopodium album, Chenopodium murale et Papaver rhoeas pour les dicotylédones (Tab. 3). Cependant, la matière sèche de chacune des classes a été sensiblement la même au cours du cycle, avec un maximun d'environ 160g/m² chacune, mesuré en fin de cycle. En moyenne, la matière sèche des mauvaises herbes a dépassé d'environ 8 fois celle de la culture de la lentille dans le témoin non désherbé (Tab. 3). Sous ces mêmes conditions, la densité maximale des mauvaises herbes a été d'environ 340 plantes/m².
 
Efficacité des stratégies de désherbage
 
Au cours du cycle de la culture, l'application de l'herbicide Igrane a montré une bonne efficacité sur les mauvaises herbes monocotylédones et dicotylédones accompagnatrices de la lentille

Quant au Tribunil, il n'a pas montré d'efficacité satisfaisante pour le contrôle des mauvaises herbes dicotylédones et monocotylédones. Son efficacité a diminué au cours du temps pour aboutir en fin du cycle, à une matière sèche et à une densité des adventices qui diffère peu de celle du témoin non désherbé. Ceci peut être dû à sa faible rémanence et sa faible efficacité sur certaines espèces monocotylédones et dicotylédones telles que Bromus rigidus, Chenopodium album et Chenopodium murale.

Quand le traitement Tribunil a été complété par le Fusilade en post-émergence (TRF), l'efficacité est devenue satisfaisante, du fait de la spécificité de ce dernier herbicide pour les graminées annuelles et vivaces.

Le désherbage manuel deux fois (Man) a montré une très bonne efficacité contre les mauvaises herbes monocotylédones et dicotylédones. En effet, les deux interventions, effectuées à 30 et 65 JAL, ont permis de contrôler la majorité des espèces de mauvaises herbes, surtout que celles-ci sont des espèces annuelles, qui ne vont pas avoir des repousses ultérieures.

Le désherbage mécanique (Mec) avait une efficacité faible à moyenne sur les deux classes d'adventices, surtout au début du cycle. Ceci résulte de la nature de ce contrôle, localisé uniquement entre les lignes de semis, et de ce fait ne permet pas un contrôle total des mauvaises herbes.

La combinaison d'un contrôle chimique au Tribunil et d'un désherbage manuel (TRM) a largement amélioré l'efficacité. Ceci montre que la lutte chimique au Tribunil seul, ne peut contrôler les adventices tout au long du cycle, vue sa faible rémanence, la diversité et la dynamique de la flore adventice.

A la lumière de ces résultats, nous pouvons avancer que seuls les traitements IG (Igrane) et TRF (Tribunil+Fusilade) ont assuré un bon contrôle chimique des adventices associées à la culture de la lentille. Le Tribunil plus un désherbage manuel (TRM) a aussi réalisé un contrôle satisfaisant des adventices durant tout le cycle de la culture. Le contrôle assuré par le Tribunil seul (TR) n'a pas été satisfaisant. Pour les traitements non chimiques, le désherbage manuel deux fois (Man) a montré une bonne efficacité pour le contrôle des mauvaises herbes. Le désherbage mécanique deux fois (Mec) a engendré une efficacité moyenne.

Rendement grain

Les rendements les plus élevés ont été obtenus au niveau des parcelles maintenues relativement propres tout au le long du cycle (14,8 qx/ha pour TP) et sur les parcelles désherbées manuellement deux fois (11,1 qx/ha pour Man) (Tab. 5). Les meilleurs rendements des stratégies à base de désherbage chimique, ont été ceux de IG (Igrane), suivis par les traitements combinés du Tribunil plus désherbage manuel (TRM) et Tribunil plus Fusilade (TRF). Le Tribunil seul (TR) n'a pas donné de résultat satisfaisant. Les pertes de rendement par rapport au témoin propre sont de 79%, 68%, 65%, 60%, 48%, 45% et 25% respectivement pour TS, TR, Mec, TRF, TRM, IG et Man (Tab. 5).

De faibles valeurs d'indice de récolte sont observées au niveau des traitements pour lesquels un bon contrôle des adventices n'a pas été assuré.

Analyse économique

Le contrôle des mauvaises herbes, est certes une nécessité agronomique pour assurer une meilleure productivité de la lentille. Cependant, le choix de la stratégie de désherbage, uniquement sur la base du rendement de la lentille, reste insuffisant, du fait qu'une meilleure stratégie du point de vue technique n'est pas toujours la plus économique. Après évaluation des coûts supplémentaires engendrés par les différentes stratégies de désherbage testées, les marges bénéficiaires réalisées, au vue des rendements obtenus, sont présentées au tableau 5.
 

Traitement
Coût d'application (Dh/ha) 
Gain de rendement/témoin infesté (Dh/ha)
 Marge bénéficiaire (Dh/ha) 
IG 
TR 
TRF 
TRM 
Mec 
Man
280
  697
1042 
2137 
540
2880
4152
1492
 3792 
3800 
1824 
6592
3872
  795 
 2750 
 303 
1284 
3712
 

Le traitement Igrane (IG) a engendré la marge bénéficiaire la plus élevée, du fait de sa bonne efficacité, et des conditions agroclimatiques favorables de cette campagne. Quant au désherbage manuel deux fois (DM2), malgré son coût élevé, il a permis une marge bénéficiaire similaire à celle de l'Igrane.

Quant au traitement Tribunil seul (TR), il a engendré une marge bénéficiaire faible. L'addition à ce traitement chimique d'une intervention manuelle (TRM) ou chimique au Fusilade (TRF) a permis d'améliorer nettement sa marge bénéficiaire. Ceci est du au contrôle des espèces de mauvaises herbes qui ont échappé à l'action du Tribunil, notamment Bromus rigidus, Chenopodium album et murale. Malgré que la combinaison Tribunil plus désherbage manuel (TRM) a produit un rendement grain satisfaisant, sa marge bénéficiaire a été la plus faible parmi les stratégies testées, du fait du coût élevé de la main d'oeuvre. Le désherbage mécanique à l'araire deux fois (Mec) a engendré une marge bénéficiaire acceptable.
 
Bien que la stratégie manuelle (DM2) a engendré une marge bénéficiaire similaire à celle de l'Igrane (IG), cette dernière nécessite dix fois mois de disponibilités en argent pour le désherbage au cours de la campagne.
 

Dr. A. Bamouh et M. Naciri
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II

 


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© 1998, Bulletin réalisé à l'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II,
Responsable de l'édition: Prof. Ahmed Bamouh
Programme National de Transfert de Technologie en Agriculture (PNTTA)
B.P:6446-Instituts, Rabat, Maroc
Tél-Fax:(212) 37-77-80-63