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Bulletin de liaison du Programme National de
TRANSFERT DE TECHNOLOGIE
EN AGRICULTURE

 




Le Figuier de barbarie
Espèce fruitière d'intérêt secondaire cultivée au Maroc
 

Introduction

Bien que cultivées au Maroc depuis des décennies, les fruits subtropicaux d'importance secondaire, dont le figuier, le figuier de Barbarie, le grenadier, le néflier du Japon, et le Kaki, se sont peu développés. Réservés à des jardins d'amateurs ou familiaux, ces fruits commencent actuellement à intéresser la profession. Des plantations intensives nouvelles, conduites en irrigation localisée, ont vu le jour ces dernières années. Un tel intérêt nécessite la mise en place d'essais de comportement et de recherches sur les itinéraires techniques de ces espèces en vue de répondre aux multiples questions des producteurs. Cette analyse de l'état actuel de leur développement, bien que non exhaustive, permet d'avoir une idée des acquis en matière de maîtrise de la culture et des perspectives d'avenir pour ces espèces. Cette première analyse concerne le figuier de Barbarie.

Extension de la culture au Maroc

A l'exception des zones sahariennes et des montagnes, le figuier de Barbarie est largement représenté dans le paysage rural marocain, en plantations plus au moins régulières, autour des villages, en haies limitant les parcelles de culture ou de vergers. La figue de Barbarie est un fruit de consommation appréciable en été et une source de revenus pour les petites exploitations familiales. L'Opuntia constitue par ailleurs une ressource fourragère de soudure en zones arides et semi-arides et est utilisé pour la protection des sols contre l'érosion dans les régions accidentées.

Depuis plusieurs décennies, et plus particulièrement depuis la création du service de la défense et de la restauration des sols au Maroc, de nombreux périmètres d'amélioration pastorale ont été plantés en figues de Barbarie. Les régions du Centre et du Tensift sont parmi celles où des plantations régulières et sur de grandes étendues, ont été installées dans le cadre des opérations de lutte contre l'érosion.

De nombreuses plantations privées, de taille très variable et généralement protégées par des murs de pierres contre des déprédations du bétail, se rencontrent dans les régions arides et semi-arides. Dans la région de Moulay Idriss, près de Meknès, à des altitudes de 500 à 800 m, des plantations de cactus destinées exclusivement à la production de fruits connaissent une extension constante.

A Béni Smir près de Oued Zem, une collection de cactées a été établie dès 1944 sur une superficie de 500 ha et constitue actuellement une base importante de matériel végétal pour d'éventuels travaux sur les ressources génétiques du figuier de Barbarie.

Espèces et variétés de figuier de Barbarie

Au Maroc, comme pour les autres pays du Maghreb, les espèces de cactus les plus largement répandues sont: Opuntia ficus-indica, Opuntia dillenii, Opuntia vulgaris et Opuntia compressa.

Les fruits de cactus, qui font l'objet surtout de commerce local, sont présents sur le marché de Juillet à fin Septembre. Il existe de nombreuses variétés de cactus qui se distinguent en deux groupes:

(i) Les cactus inermes qui sont souvent domestiqués et cultivés sur des surfaces limitées.

(ii) Les cactus épineux qui sont les plus répandus car ils résistent à la destruction par le bétail. Cependant, certaines années quand la sécheresse est trop forte et que l'herbe se fait rare, les dromadaires se rabattent sur les raquettes des cactus en dépit de leurs épines.

Des rameaux inermes issus de mutations de bourgeons ont été observés sur des pieds épineux de cactus. Il n'est pas rare aussi de trouver des rameaux épineux sur des pieds inermes. En fait, il semble qu'il n'y ait pas de variétés absolument inermes mais à aiguillons plus ou moins rares. Il existe aussi tous les intermédiaires entre formes très épineuses et inermes avec des aiguillons plus ou moins longs et plus ou moins nombreux (Poupon, 1975). Chez les variétés dites inermes, les plants issus de semis sont épineux la première année et la deuxième année, les aiguillons disparaissent.

Le caractère épineux est dominant par rapport au caractère inerme, ce qui offre des possibilités de sélection des clones sans épines chez beaucoup d'espèces de cactus.

Multiplication du figuier de Barbarie

Traditionnellement, le figuier de Barbarie est multiplié végétativement par bouturage de raquettes, en laissant sécher au préalable les sélections pendant deux semaines et parfois plus. Cette période de pré-séchage ne se justifie pas et certains travaux ont même montré ses effets négatifs sur les repousses (Poupon, 1975). A la plantation, la raquette est placée dans un sillon de 15 cm, une face plaquée sur les 2/3 de sa hauteur contre le sol et inclinée. Le sol est alors tassé autour de la raquette. Les distances de plantation sont variables en fonction de la pluviométrie et du degré d'intensification de la culture. En zone aride et semi-aride (150 à 400 mm de pluie), les densités de plantation sont de 1200 à 2000 raquettes à l'hectare. Quand la pluviométrie dépasse 400 mm, ces densités peuvent être de 3200 à 5000 raquettes à l'hectare.

Utilisation du figuier de Barbarie

Les fruits du figuier de Barbarie sont plus au moins gros (30 à 150 g), bacciformes piriformes (4-9 cm), jaunes à rouges à maturité, à pulpe molle, juteuse, sucrée, contenant dans un mucilage de nombreuses petites graines. Débarrassés de leur enveloppe charnue, les figues de Barbarie sont consommées fraîches. Très rafraîchissantes, elles sont aussi nutritives et 25 à 30 fruits suffisent à l'alimentation journalière d'un Homme. Une plantation, conduite correctement et en terre moyenne, peut produire de 15 à 20 tonnes de fruits à l'hectare.

Le cactus inerme est souvent utilisé en tant que fourrage. Seul, ce fourrage de cactus est un aliment incomplet, pauvre en protéines, en lipides, avec un rapport Ca/P trop élevé, mais riche en glucides, en eau et en vitamines. Cependant, les raquettes coupées en morceaux et additionnées de paille hachée ou de son, de caroube ou de tourteau, peuvent donner après fermentation une assez bonne nourriture pour les moutons et bovidés.

La valeur alimentaire du cactus par rapport à d'autres plantes fourragères est rapportée dans le Tableau 1.

Les rendements en matière fraîche des raquettes de cactus varient entre 10 à 50 tonnes/ha en zone semi-aride (150-300 mm de pluie) et 60 à 200 tonnes/ha pour une pluviométrie de 400 à 800 mm et en plantation cultivée et fumée.

Facteurs limitant la culture et la production du cactus

Facteurs édapho-climatiques

Le cactus craint le froid humide (minimum absolu supérieur à -10 °C). Le froid favorise une pourriture d'origine bactérienne contre laquelle la seule lutte consiste à supprimer les pieds et les raquettes atteints. Certaines espèces adaptées en région méditerranéenne arriveraient à résister à des températures de -5 et -10 °C. Il s'agit d'Opuntia ficus-indica, Opuntia dillenii et Opuntia compressa, variété helvetica. La limite thermique où se développe le cactus n'excède généralement pas les 1000 mètres d'altitude.

Le cactus s'accommode mal des sols hydromorphes et asphyxiants. Il n'a par contre aucune exigence vis-à-vis de la nature chimique du sol et peut supporter sans dommage les sols gypseux ou les sols légèrement salins à condition qu'ils soient bien drainés.

Facteurs biotiques: De nombreux parasites et maladies sont inféodés au cactus

(i) La rouille (Phillostica opuntiae): Uridinée qui se manifeste par de petites taches de couleur jaune-rouille, circulaires, pouvant s'étendre en plaques irrégulières d'un blanc sale ou cendré. Ce sont surtout les raquettes de deux ans qui, une fois attaquées, n'émettent que peu de cladodes, et finissent par se dessécher. Maladie des zones humides, elle est efficacement combattue par des traitements à base de cuivre et l'ablation des raquettes parasitées.

(ii) Le mildiou des cactus (Phytophtora cactorum Schr., P. omnivera De Bary): Les symptômes de la maladie se présentent sous forme de cloques soulevant l'épiderme, d'état chlorotique prononcé et de taches brunâtres qui envahissent les fruits et les raquettes. La sensibilité à la maladie est variable en fonction des variétés. Une lutte préventive consiste à couper et incinérer les parties atteintes de la plantes.

(iii) La cératite (Ceratitis capitata Weid): La mouche méditerranéenne des fruits peut occasionner des dégâts importants certaines années dans les plantations mal entretenues. Un insecticide de synthèse permet de se débarrasser facilement de cet insecte.

(iv) Les cochenilles: Bien que généralement polyphages, certaines espèces de cochenilles sont des parasites spécifiques et inféodées à une seule espèce de cactée. Cactoblastis cacterum a éliminé la culture de l'Opuntia dillenii au sud de Madagascar. Certains cultivars inermes de cactées sont résistants aux cochenilles. La lutte contre les cochenilles nécessite des traitements aux huiles blanches ou au parathion.

Conclusion

Bien qu'appréciée par sa production fruitière autant que fourragère, le figuier de Barbarie ne connaît pas d'extension notable au Maroc. La tendance générale est surtout de continuer à l'utiliser en tant que haie de délimitation de propriétés et de commercialiser ses fruits au voisinage des ceintures urbaines.

Les efforts qui ont été déployés par les services des eaux et forêts et les services d'élevage en vue de constituer des réserves fourragères pour pallier au déficit alimentaire du bétail, connaissent une certaine stagnation. Pourtant, le Maroc qui a connu plusieurs années de sécheresses successives gagnerait à développer la culture de cette plante et à intensifier la vulgarisation de son usage en tant que source de fourrage dans les zones sèches.

Bibliographie

Poupon, J.E (1975). Cactus et ressources fourragères. Note technique n°2. Projet PNUD/FAO MOR 73-016. Amélioration et aménagement des parcours forestiers. MAMVA.

Zottner, L. (1951). Le figuier de barbarie. Revue Elevage et cultures en Afrique du Nord. Août 1951.
 

Par Dr. D. WALALI-LOUDYI, Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat  

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Responsable de l'édition: Prof. Ahmed Bamouh
Programme National de Transfert de Technologie en Agriculture (PNTTA)
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